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Festoyer lorsque l’on est schizophrène

La première partie des fêtes de fin d’année est terminée. Heureusement pour moi, j’ai encore de la famille proche avec qui festoyer. Ce fut donc un moment agréable. Même si mon frère n’était pas là à cause de son travail.

Festoyer
Festoyer

Pour nouvel an, j’ai pris l’habitude de ne rien faire. Je serais donc seul dans mon appartement. J’achèterais malgré tout un peu d’alcool. Sans excès, pour ne pas avoir la tête qui tourne au bout d’une heure…

Mais,

Festoyer encore et encore est le mot d’ordre de cette période de l’année, et il est difficile de résister à l’excitation générale.

J’ai cependant appris avec te temps à profiter de ma famille.

Malgré tout, je sais que la solitude touche de nombreuses personnes mes ami-e-s.

J’ai aussi une pensée particulière pour tous nos sœurs et frères hospitalisés en psychiatrie pendant cette période.

Allez hauts les cœurs !!!

Dehors il fait nuit noire. Je ne suis pas fatigué. Je tape sur mon clavier comme un damné sur son caillou avec une pioche.

Une sirène de pompier vient de troubler un silence qui était devenu pesant.

Depuis hier et jusqu’à la fin des vacances scolaires, l’association de patients sera fermée. Il y aura quand même un réveillon du nouvel an, organisé dans nos locaux.

Tout est redevenu très silencieux. Je me sens plutôt bien. Ce n’est pas tous les jours pareils, malheureusement. Je prends donc ce moment et je le savoure, en espérant qu’il dure à jamais.

Tic-Tac, il est l’heure comme trois fois par jour, d’avaler mes comprimés avec un grand verre d’eau. C’est pour ne pas devenir complétement zinzin. En tout cas pas plus que je ne le suis déjà.

Allez, encore quelques semaines et les jours vont rallonger. Avant que le printemps ne vienne faire bourgeonner les arbres, dans quelques mois, et que n’éclose une joie nouvelle.

Un schizophrène dans le brouillard

Ce matin, je reste chez moi. Un épais brouillard a tout recouvert. Il n’y a pas de bus qui passe. La grève les ami-e-s, m’empêche de me rendre à l’association de patients. Du coup fébrile, je me suis mis dans mon canapé, sous une chaude couverture.

brouillard
brouillard

Dans ma tête aussi c’est un peu le brouillard, avec une pointe d’agacement que je n’arrive pas à juguler.

Bref,

C’est une journée qui ne commence pas bien.

Heureusement, en fin d’après-midi j’ai rendez-vous avec ma psychiatre. D’ici là, j’espère quand même sortir de ce brouillard.

Il faut que je me détende. J’ai déjà fait quelques exercices de respiration sans succès. Je suis instable. Je n’ai pas vraiment d’autres solutions pour sortir de la crise dans laquelle je suis. Peut être que voir du monde me ferait du bien.

En attendant, j’ai de plus en plus de mal à taper sur mon clavier d’ordinateur. Je suis vraiment au bord de la crise de nerf.

Je ne sais pas qu’elle en est la cause. J’ai pourtant pris mon traitement comme d’habitude.

Hier, dans la zone commerciale à côté de chez moi, je suis tombé sur un ami que je côtoyais il y a de nombreuses années, et que je n’avais pas revu depuis. A l’époque, je n’étais pas du tout stabilisé. Je fus donc content de pouvoir discuter avec lui, sans être envahi pas des délires de toute sorte. L’échange s’est bien passé, et il a même parlé de m’inviter bientôt pour fêter ses 40 ans.

Allez, encore une ou deux heures avant de retrouver mes parents pour le déjeuner. Cela va me faire du bien, je l’espère.

Dehors, le brouillard ne s’est toujours pas levé. Dans mon appartement, je peux entendre la machine à laver qui finit d’essorer le linge.

Il faut que je vous laisse les ami-e-s, et portez-vous bien.

Que vaut la sérénité d’un schizophrène ?

Bonjour les ami-e-s. Ce n’est pas la grande forme. Un mal être généralisé m’assaille depuis plusieurs heures. Je ne sais plus quoi faire pour retrouver de la sérénité. Mon corps tout entier est comme branché sur du courant électrique. J’ai fait quelques exercices de respiration, sans succès. Dans mon crâne, mon cerveau bout. Mes poils des bras et des jambes se hérissent… Je suis très nerveux.

sérénité
sérénité

J’attends que ma sérénité revienne. Souvent, c’est en soirée que mon état s’améliore. Il est encore tôt. Je vais compter les heures.

Pourtant,

La journée n’avait pas trop mal commencé. Même si des cauchemars récurant étaient venus perturber ma nuit.

Et vous les ami-e-s, je sais que vous souffrez aussi. Courage, nous sommes plus forts ensembles.

Le soleil va bientôt se coucher. Laissant la pénombre gagner les esprits.

Allez, il est l’heure de se réveiller et de marcher.

C’est un doux rêve.

A force de faire des incantations, j’ai retrouvé un peu de sérénité. Je vais pouvoir aller faire quelques pas dehors. Même si je suis encore en souffrance. De toute façon, mon canapé est abîmé.  Il mérite que je le laisse un peu tranquille.

Je vais marcher seul dans la nuit. Peut être je croiserais un voisin avec qui échanger quelques mots. Puis je continuerais mon chemin. Une fois mon corps refroidi, je rentrerais chez moi. Je me mettrais alors sous une couverture, ou je prendrais une douche bien chaude.

Mais si dehors, je croise quelques collègues, alors nous pourrons commencer notre marche. Mes propos ne seront alors peut-être pas que des incantations inutiles.

Nous avons si souvent été bafoué, stigmatisé… La pleine lune est notre soleil. La peur du nombre, voila quel est notre force.

Allez les ami-e-s, hauts les cœurs !!! Tic-tac, je ne sais pas s’il est l’heure, mais nous ne pouvons plus vivre comme cela.

Il n’y a aucun soignant dans mon association de « patients »

Hier soir, J’ai été submergé par un profond sentiment de mélancolie. Je ne voulais plus aller me coucher. Ce n’était désagréable. J’ai tourné rond dans mon petit appartement. Je suis allé voir mon père plusieurs fois. Vers 23 heures quand même, je me suis décidé à rejoindre mon lit.

Ce matin, quelques minutes après mon réveil, mon cerveau était sur le point d’exploser. Depuis que je prends du Prozac, mon antidépresseur, j’ai souvent cette gêne. J’ai alors des difficultés pour réfléchir et m’exprimer. Je suis comme grippé.

Malgré tout, je suis plus dynamique et heureux avec cette « pilule du bonheur ».

Nous sommes jeudi et demain je serai en weekend. Je ne travaille pas mais je fais un peu de bénévolat dans une association de « patients ». Je m’occupe de certaines tâches administratives. Je m’y rends tous les matins.

Nous nous retrouvons entre schizophrènes, bipolaires, borderline, dépressifs… Malgré tout, au premier abord, vous ne nous trouveriez pas différents. A 10 heures le local ouvre. Nous prenons une tasse de café, dans une ambiance chaleureuse, avant le début des activités, comme le théâtre, la gym douce…

association de « patients »
association de « patients »

Il y a une cinquantaine de « patients » sans aucun soignant. Nous sommes autonomes et responsables de notre association. D’ailleurs, je devrais plutôt dire adhérents que « patients ».

Ce projet de responsabilisation est financé par l’état. Il nous permet également de sortir de l’isolement.

Voila, il va bientôt être midi. Je lève les yeux de mon écran pour regarder autour de moi. Dehors, il y a un épais brouillard. Je me suis calfeutré sous une couverture. En effet, à l’intérieur il fait 13 degrés. L’ordinateur que l’on m’a prêté bug un peu. J’attends avec impatience de pouvoir en racheter un. La cagnotte créée pour cette occasion ne fonctionne pas trop mal. Merci à vous tous.

Sommes-nous abrutis par les neuroleptiques ?

Je ne tiens pas en place. C’est horrible. Depuis que je suis rentré de l’association, je n’arrive pas à rester assis plus de 5 minutes. Il y a comme des fourmillements dans ma tête et dans mes jambes. J’ai envie de sauter, de hurler… Pourtant, j’ai pris scrupuleusement mon traitement. Je ne pense pas être en crise. Mais je ne suis pas calme, cela est certain.

Je ne dois voir ma psychiatre que dans un mois. C’est assez long. J’espère être plus serein, après le déjeuner. Il y a comme un grondement sourd dans ma tête qui ne demande qu’à se déchainer.

les neuroleptiques
les neuroleptiques

Malgré cela, je sens le neuroleptique qui fait son effet et me maintient dans une sorte d’hébétement. Je ne prends plus d’initiative. Je subis les évènements.

Je suis comme abrutis.

Malgré tout, je préfère ce traitement à l’intense souffrance, lorsque j’en suis privé. L’immense douleur qui m’a conduit à deux reprises, sous la contrainte, en hôpital psychiatrique.

Je me suis un peu calmé. Il va être l’heure de sortir des pâtes, pour préparer le repas.

Mon petit appartement est silencieux. Plongé comme dans une bulle, je n’entends pas un bruit. C’est même un peu inquiétant. Dans ces moments-là, une angoisse m’envahit. Je me demande si je ne suis mort et devenu fantôme. Je m’imagine invisible aux yeux des autres.  

Il faut que je discute avec quelqu’un pour me rassurer. Je vais sortir un peu, pour voir s’il n’y a pas un voisin avec qui échanger quelques mots. De plus, il est l’heure que je prenne mes trois pilules du midi. Il y a du Solian et du Temesta. C’est devenu un rituel comme de faire ses prières. Je ne manque jamais ce moment. Parfois, un comprimé reste bloqué dans la gorge. J’avale alors un grand verre d’eau et je tousse.

Combien de temps avant la prochaine décompensation ?

Je n’arrive pas à tenir en place. Je marche dans la rue, sans trop savoir ou aller. Je rentre chez moi, puis je repars.

décompensation
décompensation

Je regarderais bien un film, mais je n’arrive pas à tenir plus de quelques minutes. Pareil pour un livre, après quelques lignes.

Je suis comme une pile l’électrique. Je me demande si je vais faire une décompensation.

Après un noël en famille, je pense déjà au nouvel an. J’aime me retrouver seul ce soir-là. Je ferme à double tour la porte de mon appartement. Je descends les volets…  Je m’achète un peu d’alcool. J’allume la télévision. C’est un peu triste ce soir-là, tout est en différé. Alors j’écoute plutôt de la musique.

En général, je n’attends pas les 12 coups de minuit pour aller me coucher. L’alcool ayant fait son œuvre bien avant.

Je pense à ma tante, qui est hospitalisée en psychiatrie.

Combien de temps fais-je tenir sans faire une rechute. Ma dernière hospitalisation remonte à mars 2016. J’avais fait une décompensation anxieuse.

D’après ma psychiatre, quand il y a quelques semaines, je lui ai tenu des propos délirants, que je ne rapporterais pas ici, il ne me restait que dix pour cent de lucidité. Ce n’est pas beaucoup.

En attendant, j’essaie temps bien que mal de donner le change avec les autres.

Je repense à mes 18 ans. Année qui a marqué mon entrée dans la maladie. Avec ma première décompensation.

C’était comme si je venais de mourir, et qu’une deuxième vie, faite de souffrances et d’angoisses, débutait.

Cela fait déjà 20 ans.

Je n’ai pas fait grand-chose pendant tout ce temps. J’ai plutôt subi les événements. Je connais pour les avoir testés, les différents hôpitaux ou cliniques psychiatriques de mon secteur. Avec parfois des règles stupides et humiliantes à respecter. Le manque d’intimité, et l’infantilisation….

Ce nouvel écran, la porte fenêtre de mon appartement

porte fenêtre

porte fenêtre

Le temps est plutôt agréable. J’ai ouvert la porte fenêtre de mon appartement. Il n’y que des maisons et des jardins vides, pas âme qui vive, d’après ce que je peux voir. Un sentiment d’étrangeté m’envahit. Je ne suis plus sûr de rien. Mon cerveau est en train vaciller. Il s’enfonce tout doucement. Je me regarde, je me pince le bras pour me rassurer. Pour voir, si j’existe vraiment. Cela fait de longues heures que je n’ai parlé à personne. Je me demande si tout cela est bien réel.  Il n’y a que la douce mélodie de la chanson qui passe à la radio, qui me raccroche à quelque chose.

Je me demande si ce que je vois est bien la même chose que ce que voit mon voisin. Je me sens un peu seul. Je jette un coup d’œil par la porte fenêtre et je vois passer une voiture. Ouf enfin quelqu’un. C’est comme une télévision, je vois le monde de la même façon. Je ne sais plus faire la différence.

Je m’enfonce dans la solitude, dans la folie… Il est juste passé 16 heures et maintenant les voitures passent presque en continues devant chez moi. Le monde continue à tourner. Chacun vaque à ses occupations, sans se poser trop de questions. Ce n’est pas bon de laisser trop vagabonder son cerveau, surtout lorsqu’il est fragile. C’est un coup à sauter par la porte fenêtre, juste pour voir ce que cela fait. Voir s’il le sol est toujours là. Si l’on va mourir.

Tout me parait si absurde. Pourtant il faut bien se bouger, pour manger, se vêtir… pour ne pas rester dans la boue.

Mais même, je n’ai plus la force. Il faut que je dorme.

Je referme la porte fenêtre, et je ne vais pas tarder à allumer la télévision.

La douleur électrique me parcourt

douleur électrique

Douleur électrique

Aujourd’hui ça ne va pas. Une douleur électrique me parcourt le corps, jusqu’au cerveau.  Je suis comme anesthésié. Je me sens vide. Je me suis mis devant mon écran de télévision, sans succès, même pire, je n’en pouvais plus. Regarder des téléfilms sur noël me rendait nerveux. Tout ce bonheur de circonstance, étalé comme une crème au chocolat, me faisait souffrir d’avantage. J’avais presque envie de vomir.

Au réveil déjà, je savais que la journée n’allait pas être des plus épanouissante. Je m’étais levé du pied gauche. Mais la douleur électrique n’est venue qu’après le déjeuner. Ce matin donc, j’ai dû attendre que mon antidépresseur fasse effet pour me sentir un peu mieux. J’ai une relation très psychologique avec lui. Il suffit que je regarde le comprimé, avant de l’avaler, pour sentir joie m’envahir.

Mais là, en ce moment, l’envie de chanter a disparu, la douleur électrique l’a remplacé et le cerveau est pris en tenaille. Peut-être, si je prenais des antalgiques, je me sentirais mieux, mais non j’ai  déjà essayé, ça ne marche pas.

Il doit bien y avoir une solution, pour stopper cette douleur électrique intenable. Aller faire un tour dehors, dans le supermarché à 5 minutes à pieds de chez moi.

Oui je vais faire cela. Il faut que je sorte. Je vais acheter une bricole puis revenir.

Et puis il y a aussi se soleil d’hivers, que je finis par détester. Comme si ses rayons étaient eux aussi électriques.

La tension monte de plus en plus, au fur et à mesure que je me prépare à aller au supermarché. Je n’ai pas envie d’y faire une crise. Dehors, je me sens en insécurité. Le regard des autres m’agresse.

Il faut que je me conditionne. « Tu te sentiras mieux une fois que tu seras rentré » je me dis.

Loin de chez moi

Loin de chez moi

Loin de chez moi

Je suis seul chez moi, ma famille est à plusieurs centaines de kilomètres, loin de chez moi. J’ai tout un sac rempli d’angoisses. J’ai peur de perdre mes clefs quand je sors, j’ai peur de tout…  Ma famille est partie il y a 3 jours maintenant. Les deux premiers jours furent les plus compliquées. J’étais sur le fil, j’aurai pu basculer d’un instant à l’autre.

Aujourd’hui dimanche est un autre jour. Je commence à me faire à l’idée. Je fais des allés et retours, chez mes parents pour nourrir le chat. Ce matin, je me suis aperçu qu’il y avait une légère fuite d’eau dans leur garage. J’ai fait appel à un voisin. Ce n’était pas grand-chose et l’homme assez corpulent, m’a donné une claque sur l’épaule, une fois le problème réglé. Je lui ai parlé de mes angoisses sans lui dire que j’étais schizophrène. Je ne sais jamais comment les gens reçoivent une telle annonce.

Le dimanche est un jour un peu compliqué. Tous les magasins sont fermé et je ne peux aller faire ma balade dans le centre commercial pas loin de chez moi. Paradoxalement, me fondre dans la foule pour quelques minutes me fait du bien. Aujourd’hui je ne peux pas.

J’ai un ami qui doit venir chez moi cet après-midi. Je me sentirais moins seul, moi qui n’ai pas eu beaucoup de contacts humains depuis trois jours. C’est un homme de 33 ans, souvent seul lui aussi, vivant chez ses parents et ayant des difficultés psychique, sympathique, mais l’un n’empêche pas l’autre.

Demain, ma psychologue à domicile doit venir à 14h00. Ce sera l’occasion de faire le point avec elle de ce début de semaine. Cela va casser un peu ma solitude. En effet lorsque mes parents sont loin de chez moi, je n’ose plus prendre le bus pour aller en ville. Il n’est alors plus question d’aller à l’association de patients, tout seul. Je dois m’y faire conduire par l’animatrice.