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La chambre d’un schizophrène

La nuit est tombée. En ouvrant la fenêtre de ma chambre, pour regarder dehors, j’ai vu passer un joggeur. Il courait en faisant de grandes enjambées, avalant les kilomètres. Comme s’il était affamé de sport, luttant contre lui-même… pour le plaisir du défi.

L’air humide et frais est rentré dans ma chambre. Je ne me suis donc pas attardé. J’ai vite regagné mon canapé. Attendant plutôt l’été, pour m’y remettre moi aussi.

chambre
chambre

A l’intérieur de mon nid douillé je me sens en sécurité.

Ce matin,

Je suis resté beaucoup plus longtemps que d’habitude à l’association de patients. Il y avait un adhérent, Marc, que je ne connaissais pas bien. Il souffrirait d’après ses dires, de 4 cancers différents, malgré une forme apparente. Je me suis donc permis de douter de ses ennuis de santé, que je crois plutôt psychiques que physiques. Enfin bref… Il était quand même sympathique.

Encore quelques heures avant d’aller retrouver ma chambre et mon lit… je n’y fait que dormir, presque 10 heures par nuit, quand même. Tout est calculé, avec un réveil à 8 heures du matin, pour garder une bonne hygiène de vie.

Je ne me sens pas trop mal en ce moment. Je croise les doigts pour que cela dure le plus longtemps possible. Un grain de sable est si vite arrivé, provoquant de lourdes souffrances, décuplé par rapport à une personne avec un psychique moins fragile.

Dans c’est moment-là, mon lit est mon refuge. Et ma chambre son écrin. Allez, encore une journée presque finie mes ami-e-s. Demain, j’espère encore profiter de la vie, que je finis par apprécier un peu, même si elle est ennuyeuse. C’est loin d’avoir toujours était comme cas. Il n’est pas loin le temps ou la seule option était le suicide. Un an ou deux à peine…

Je ne travaille et je n’ai pas de scrupule

Je suis en weekend. Je ne travaille pas, mais j’ai moins de scrupule à ne rien faire le samedi et le dimanche.

scrupule
scrupule

C’est derniers jours, j’en ai profité pour faire les soldes. Je suis donc rhabillé. Il faut dire que les trous dans mes vêtements me faisaient passer pour quelqu’un de négligé. Même si c’était une question financière.

Sinon,

Lundi matin, je suis retourné à l’association de patients. Je n’ai pas eu d’angoisse particulière, comme je l’avais craint un peu. Retrouver un semblant de vie sociale m’a fait beaucoup de bien. J’ai revu mon ami Olivier. Il ne va pas très fort en ce moment, m’a-t-il avoué. Nous avons la même pathologie. Il souffre de nombreuses angoisses le matin. Il a déjà toute une cohorte d’antipsychotiques. Je ne savais pas qu’on pouvait les mélanger. Cela lui fait un sacré cocktail à avaler tous les jours. 

J’espère pour lui qu’il va retrouver la forme.

De mon côté, je me contente des mes 10 pilules, toutes les 24 heures. Allez mes ami-e-s, n’ayez pas de scrupule, c’est pour notre bien. Pour rester bien sage. Pour ne pas faite de vague…

Réunissons-nous !!! Portons tous un gilet vert… La couleur jaune étant déjà prise.

En attendant, une nouvelle soirée va bientôt commencer. Ce ne sera surement pas le grand soir. Un soleil rougeoyant se couche tout doucement. Emportant avec lui l’agitation de la journée. Laissant place aux ombres de la nuit. Je vais retourner à mes compulsions. Vapoter à la porte fenêtre. Me servir un verre d’eau. Me mettre quelques minutes dans mon canapé, et tout recommencer. Je vais faire cela pendant des heures, sans scrupule. Avec quand même beaucoup de lassitude, avant d’aller m’effondrer dans mon lit. Puis, je me réveillerai pour une nouvelle journée, identique à la précédente, comme un jour sans fin.

Mon quartier va craquer

Cela fait 15 jours que l’association de patients est fermée. Je n’ai donc pas quitté mon quartier depuis cette date. Demain, je vais devoir affronter mes angoisses pour y retourner. Il y a une bonne vingtaine de minutes pour s’y rendre en bus. De plus il y aura les scolaires en grands nombres.

quartier
quartier

En attendant,

Je profite de mon isolement forcé, dans mon quartier.

Là, je regarde autour de moi, et je peux voir un appartement en désordre. Il y a des fils qui courent sur le sol, et des cartons…

Je suis quand même confortablement installé dans mon canapé, en attendant de me faire à manger. Le repas sera simple. Des pâtes, comme presque tous les jours de la semaine.

Dehors, mon quartier est calme. Le temps maussade n’encourage pas les gens à sortir. Ils sont sans doute en famille, pour partager le gigot dominical.

Mais j’ai de la chance, mon frère doit venir dans quelques jours. C’est plutôt une bonne nouvelle. D’ailleurs je ne me sens pas trop mal. Je suis serein.

Même si à la télévision, dans les chaines d’information en continu, les gros titres ne parlent que de l’attaque au couteau, dans un parc, d’un dangereux schizophrène… Comme s’il ne pouvait pas y avoir des schizophrènes sympathiques. Enfin bref, cela va encore nous stigmatiser…

Heureusement, dans mon quartier les habitants ne connaissent pas trop ma pathologie. Ils doivent se douter que dans ma tête, certaines connexions ne se font pas correctement, mais je n’ai jamais fait d’esclandre. Je reste discret.

Allez les ami-e-s, allons porter la bonne parole. Nous ne sommes pas plus dangereux que le reste de la population. Juste en souffrance.  

L’eau de ma casserole est en train de bouillir. Il est temps que j’aille y mettre mes macaronis. Cela me fera un plat consistant.

Mon réveillon du 31 décembre

Ça y est. Nous y sommes. 2020 est arrivée. Je vous souhaite donc mes ami-e-s, la santé pour cette nouvelle décennie qui commence.

réveillon
réveillon

J’espère que vous n’avez pas été trop seul pour le réveillon du 31, et que vous avez fait la fête jusqu’au bout de la nuit. Même si les avec les traitements, ce n’est pas forcement toujours facile.

Et,

De mon côté je croise les doigts, ma santé n’est pas trop mauvaise en ce moment. Même si les fondamentaux sont toujours bien présents, le repli sur soi…

En effet, mon réveillon du 31 fut plutôt solitaire. Je me suis contenté d’un bon repas, en tête à tête avec ma télévision. Rien d’extraordinaire donc !!!       

Quand même, pour pimenter la soirée, j’avais fait l’acquisition de trois bières. Ce ne fut pas une bonne idée. Il faut savoir que je ne tiens pas beaucoup l’alcool.

Assez tôt dans la soirée donc, le mélange de mes médicaments et de la boisson, m’a plongé dans une désagréable léthargie. Vers 21 heures, je me suis alors endormi.

Autant vous dire que ce réveillon fut très court. Et que les bruit de musique de mes voisins ne m’ont pas beaucoup embêté.

Le 1 janvier 2020, je me suis réveillé vers 8 heures. Je suis un peu sorti dans la rue. Une angoisse m’a vite envahi. Pendant de longues minutes, je n’ai croisé aucune âme qui vive, pouvant me laisser penser que toute la population était morte. Ou que j’étais dans un autre monde. Je me suis inquiété pour ma santé mentale, avant qu’une voiture ne vienne pétarader devant chez moi.

J’ai alors poussé intérieurement un ouf de soulagement.

Puis je me suis dit que j’étais bête, de me faire du mauvais sang pour cela.

Voilà voilà, depuis, la vie à repris son court. Les grandes surfaces ont réouvert et les automobiles sont revenues…    

Festoyer lorsque l’on est schizophrène

La première partie des fêtes de fin d’année est terminée. Heureusement pour moi, j’ai encore de la famille proche avec qui festoyer. Ce fut donc un moment agréable. Même si mon frère n’était pas là à cause de son travail.

Festoyer
Festoyer

Pour nouvel an, j’ai pris l’habitude de ne rien faire. Je serais donc seul dans mon appartement. J’achèterais malgré tout un peu d’alcool. Sans excès, pour ne pas avoir la tête qui tourne au bout d’une heure…

Mais,

Festoyer encore et encore est le mot d’ordre de cette période de l’année, et il est difficile de résister à l’excitation générale.

J’ai cependant appris avec te temps à profiter de ma famille.

Malgré tout, je sais que la solitude touche de nombreuses personnes mes ami-e-s.

J’ai aussi une pensée particulière pour tous nos sœurs et frères hospitalisés en psychiatrie pendant cette période.

Allez hauts les cœurs !!!

Dehors il fait nuit noire. Je ne suis pas fatigué. Je tape sur mon clavier comme un damné sur son caillou avec une pioche.

Une sirène de pompier vient de troubler un silence qui était devenu pesant.

Depuis hier et jusqu’à la fin des vacances scolaires, l’association de patients sera fermée. Il y aura quand même un réveillon du nouvel an, organisé dans nos locaux.

Tout est redevenu très silencieux. Je me sens plutôt bien. Ce n’est pas tous les jours pareils, malheureusement. Je prends donc ce moment et je le savoure, en espérant qu’il dure à jamais.

Tic-Tac, il est l’heure comme trois fois par jour, d’avaler mes comprimés avec un grand verre d’eau. C’est pour ne pas devenir complétement zinzin. En tout cas pas plus que je ne le suis déjà.

Allez, encore quelques semaines et les jours vont rallonger. Avant que le printemps ne vienne faire bourgeonner les arbres, dans quelques mois, et que n’éclose une joie nouvelle.

Un schizophrène dans le brouillard

Ce matin, je reste chez moi. Un épais brouillard a tout recouvert. Il n’y a pas de bus qui passe. La grève les ami-e-s, m’empêche de me rendre à l’association de patients. Du coup fébrile, je me suis mis dans mon canapé, sous une chaude couverture.

brouillard
brouillard

Dans ma tête aussi c’est un peu le brouillard, avec une pointe d’agacement que je n’arrive pas à juguler.

Bref,

C’est une journée qui ne commence pas bien.

Heureusement, en fin d’après-midi j’ai rendez-vous avec ma psychiatre. D’ici là, j’espère quand même sortir de ce brouillard.

Il faut que je me détende. J’ai déjà fait quelques exercices de respiration sans succès. Je suis instable. Je n’ai pas vraiment d’autres solutions pour sortir de la crise dans laquelle je suis. Peut être que voir du monde me ferait du bien.

En attendant, j’ai de plus en plus de mal à taper sur mon clavier d’ordinateur. Je suis vraiment au bord de la crise de nerf.

Je ne sais pas qu’elle en est la cause. J’ai pourtant pris mon traitement comme d’habitude.

Hier, dans la zone commerciale à côté de chez moi, je suis tombé sur un ami que je côtoyais il y a de nombreuses années, et que je n’avais pas revu depuis. A l’époque, je n’étais pas du tout stabilisé. Je fus donc content de pouvoir discuter avec lui, sans être envahi pas des délires de toute sorte. L’échange s’est bien passé, et il a même parlé de m’inviter bientôt pour fêter ses 40 ans.

Allez, encore une ou deux heures avant de retrouver mes parents pour le déjeuner. Cela va me faire du bien, je l’espère.

Dehors, le brouillard ne s’est toujours pas levé. Dans mon appartement, je peux entendre la machine à laver qui finit d’essorer le linge.

Il faut que je vous laisse les ami-e-s, et portez-vous bien.

Que vaut la sérénité d’un schizophrène ?

Bonjour les ami-e-s. Ce n’est pas la grande forme. Un mal être généralisé m’assaille depuis plusieurs heures. Je ne sais plus quoi faire pour retrouver de la sérénité. Mon corps tout entier est comme branché sur du courant électrique. J’ai fait quelques exercices de respiration, sans succès. Dans mon crâne, mon cerveau bout. Mes poils des bras et des jambes se hérissent… Je suis très nerveux.

sérénité
sérénité

J’attends que ma sérénité revienne. Souvent, c’est en soirée que mon état s’améliore. Il est encore tôt. Je vais compter les heures.

Pourtant,

La journée n’avait pas trop mal commencé. Même si des cauchemars récurant étaient venus perturber ma nuit.

Et vous les ami-e-s, je sais que vous souffrez aussi. Courage, nous sommes plus forts ensembles.

Le soleil va bientôt se coucher. Laissant la pénombre gagner les esprits.

Allez, il est l’heure de se réveiller et de marcher.

C’est un doux rêve.

A force de faire des incantations, j’ai retrouvé un peu de sérénité. Je vais pouvoir aller faire quelques pas dehors. Même si je suis encore en souffrance. De toute façon, mon canapé est abîmé.  Il mérite que je le laisse un peu tranquille.

Je vais marcher seul dans la nuit. Peut être je croiserais un voisin avec qui échanger quelques mots. Puis je continuerais mon chemin. Une fois mon corps refroidi, je rentrerais chez moi. Je me mettrais alors sous une couverture, ou je prendrais une douche bien chaude.

Mais si dehors, je croise quelques collègues, alors nous pourrons commencer notre marche. Mes propos ne seront alors peut-être pas que des incantations inutiles.

Nous avons si souvent été bafoué, stigmatisé… La pleine lune est notre soleil. La peur du nombre, voila quel est notre force.

Allez les ami-e-s, hauts les cœurs !!! Tic-tac, je ne sais pas s’il est l’heure, mais nous ne pouvons plus vivre comme cela.

Il n’y a aucun soignant dans mon association de « patients »

Hier soir, J’ai été submergé par un profond sentiment de mélancolie. Je ne voulais plus aller me coucher. Ce n’était désagréable. J’ai tourné rond dans mon petit appartement. Je suis allé voir mon père plusieurs fois. Vers 23 heures quand même, je me suis décidé à rejoindre mon lit.

Ce matin, quelques minutes après mon réveil, mon cerveau était sur le point d’exploser. Depuis que je prends du Prozac, mon antidépresseur, j’ai souvent cette gêne. J’ai alors des difficultés pour réfléchir et m’exprimer. Je suis comme grippé.

Malgré tout, je suis plus dynamique et heureux avec cette « pilule du bonheur ».

Nous sommes jeudi et demain je serai en weekend. Je ne travaille pas mais je fais un peu de bénévolat dans une association de « patients ». Je m’occupe de certaines tâches administratives. Je m’y rends tous les matins.

Nous nous retrouvons entre schizophrènes, bipolaires, borderline, dépressifs… Malgré tout, au premier abord, vous ne nous trouveriez pas différents. A 10 heures le local ouvre. Nous prenons une tasse de café, dans une ambiance chaleureuse, avant le début des activités, comme le théâtre, la gym douce…

association de « patients »
association de « patients »

Il y a une cinquantaine de « patients » sans aucun soignant. Nous sommes autonomes et responsables de notre association. D’ailleurs, je devrais plutôt dire adhérents que « patients ».

Ce projet de responsabilisation est financé par l’état. Il nous permet également de sortir de l’isolement.

Voila, il va bientôt être midi. Je lève les yeux de mon écran pour regarder autour de moi. Dehors, il y a un épais brouillard. Je me suis calfeutré sous une couverture. En effet, à l’intérieur il fait 13 degrés. L’ordinateur que l’on m’a prêté bug un peu. J’attends avec impatience de pouvoir en racheter un. La cagnotte créée pour cette occasion ne fonctionne pas trop mal. Merci à vous tous.

Sommes-nous abrutis par les neuroleptiques ?

Je ne tiens pas en place. C’est horrible. Depuis que je suis rentré de l’association, je n’arrive pas à rester assis plus de 5 minutes. Il y a comme des fourmillements dans ma tête et dans mes jambes. J’ai envie de sauter, de hurler… Pourtant, j’ai pris scrupuleusement mon traitement. Je ne pense pas être en crise. Mais je ne suis pas calme, cela est certain.

Je ne dois voir ma psychiatre que dans un mois. C’est assez long. J’espère être plus serein, après le déjeuner. Il y a comme un grondement sourd dans ma tête qui ne demande qu’à se déchainer.

les neuroleptiques
les neuroleptiques

Malgré cela, je sens le neuroleptique qui fait son effet et me maintient dans une sorte d’hébétement. Je ne prends plus d’initiative. Je subis les évènements.

Je suis comme abrutis.

Malgré tout, je préfère ce traitement à l’intense souffrance, lorsque j’en suis privé. L’immense douleur qui m’a conduit à deux reprises, sous la contrainte, en hôpital psychiatrique.

Je me suis un peu calmé. Il va être l’heure de sortir des pâtes, pour préparer le repas.

Mon petit appartement est silencieux. Plongé comme dans une bulle, je n’entends pas un bruit. C’est même un peu inquiétant. Dans ces moments-là, une angoisse m’envahit. Je me demande si je ne suis mort et devenu fantôme. Je m’imagine invisible aux yeux des autres.  

Il faut que je discute avec quelqu’un pour me rassurer. Je vais sortir un peu, pour voir s’il n’y a pas un voisin avec qui échanger quelques mots. De plus, il est l’heure que je prenne mes trois pilules du midi. Il y a du Solian et du Temesta. C’est devenu un rituel comme de faire ses prières. Je ne manque jamais ce moment. Parfois, un comprimé reste bloqué dans la gorge. J’avale alors un grand verre d’eau et je tousse.