Archives de catégorie : Uncategorized

Mission impossible

L’angoisse monte. Je dois aller faire des courses dans un supermarché. Je me suis dit que je devais le faire, alors c’est comme une mission. Mon cœur se met à battre de plus en plus rapidement. J’ai les jambes en coton et l’impression d’aller à l’échafaud.  Sur la route je suis hyper vigilant. Je fais attention aux voitures. A pied je suis vulnérable. En rentrant dans le magasin, je respire un bon coup. Le plus dur reste à faire. Au fur et à mesure que je m’enfonce dans la grande surface, j’évite les regards. Il suffit d’en croiser un pour qu’une angoisse monte. Je ne prends pas trop d’articles. Lorsque je mets les derniers dans mon sac, une peur panique m’envahie. Je redoute de m’évanouir et cela renforce l’angoisse. Vite vite, il faut que j’aille aux caisses automatiques. Je connais bien les machines et je les préfère aux hommes.

mission impossible

mission impossible

Une fois sorti du magasin, la tension redescend. Je vais pouvoir rentrer chez moi et manger. Pourtant aujourd’hui, je dois aussi sortir les poubelles de mon bloc d’appartement. C’est une autre mission. Je ne serais tranquille que quand j’aurais effectué cette autre tâche.  Je ne supporte pas les contraintes. C’est comme un corset qui fait mal.

Vers midi, une violente migraine m’a contraint à m’aliter. Je n’étais plus capable de ne rien faire d’autre. Au bout de quelques heures une violente envie de vomir est montée. Quelques minutes plus tard, comme libéré, je n’avais plus mal à la tête. C’était le stress, il fallait qu’il s’évacue.

Si je veux faire quelque chose de mes journées, il faut que je me fixe des missions. Sinon je ne sors pas. Prendre le bus et aller dans une association de patients en est une autre.

Dans les locaux de l’association, je me sens mieux. Ce matin, il y avait le même groupe que d’habitude. Avec toujours des adhérents, en difficultés sociales ou de santé. C’est un peu la cour des miracles.

Décalage avec les autres

A l’association de patients ce matin, je me suis senti en décalage avec certains adhérents. Il y a Pierre d’abord, qui est arrivé avec le visage couvert de sueur et une veste qui n’avait pas été lavée depuis de trop nombreux mois. Je lui ai serré la main du bout des doigts.

Décalage avec les autres

Décalage avec les autres

En décalage aussi avec Gérard. Un homme de soixante ans, souvent en train de râler contre sa tutelle, qui ne lui donne pas assez d’argent, mais pas que… Ça fait partie de son personnage de pester, sur tout et rien. Il a fait de la prison, je ne sais trop pourquoi. Il n’est malgré tout pas méchant. Il y a une semaine, il s’est retrouvé aux urgences pour être tombé sur le visage. Ce matin, il avait encore le visage couvert de bleus et du sang sur le pull, qu’il n’avait pas lavé. A l’association, les adhérents lui reprochent son manque d’hygiène. Il a des ongles de plusieurs centimètres, noirs de crasse. Quand il prend un sucre en morceau dans la boite, plus personne ne veut se servir.

Heureusement, il y a Charlotte, j’espère la voir un après-midi de la semaine. J’aime discuter avec elle. J’ai envie découvrir qui se cache derrière cette trentenaire, qui n’a beaucoup parlé d’elle. Elle ne vient pas très régulièrement.

Je me sens aussi en décalage avec les amis que j’avais quand je n’étais pas en souffrance. Ils ont presque tous une femme et des enfants, et ont quitté le quartier qui était notre terrain de jeux.

Quand je refais le film d’une partie de ma vie, des diverses évènements qui l’ont jalonné, je me sens aussi en décalage. Je comprends mieux pourquoi certains « amis » étaient distants avec moi. Il faut dire que je peux être étrange, quand je tiens certains propos. J’ai beau faire des efforts, je suis comme ça.

Je suis une sorte d’ovni, avec de nombreuses angoisses, pas capable de travailler et ne trouvant nulle part ma place.

Crises de schizophrénie

J’ai mal à la tête. A l’intérieur de mon crâne, ça tire dans tous les sens. Je suis dans mon canapé. La musique me berce doucement. Je ne pense pas être  délirant, à ce moment précis. Malheureusement, on ne peut jamais être sûr. Lorsque j’ai fait mes crises de schizophrénie aigues, je pensais être en pleine possession de mes moyens, c’est le paradoxe.

Le bruit du réfrigérateur me sort doucement de ma torpeur.

crises

crises

Je me souviens de l’une de mes  crises, sur un chantier. J’ai vécu le pire moment de ma vie. J’ai hurlé et encore hurlé de douleur, en allant vers les uns et les autres, de manière désordonné. J’ai fait peur à tous mes collègues et de honte, je ne suis pas revenu le lendemain, ni les jours d’après.

Quelques semaines plus tard, j’étais hospitalisé sous la contrainte. De force on m’avait installé dans une voiture pour me conduire tout droit dans un hôpital psychiatrique.

Au début, malgré l’évidence,  j’étais dans le déni. J’ai pris les comprimés qu’on me donnait, en me disant que si je coopérerais, je sortirais plus vite.

Il m’a fallu des années pour accepter de me dire schizophrène et accepter ouvertement d’en parler sur un blog.

Cela fait bientôt dix ans et je touche du bois, car je n’ai pas fait de nouvelles crises. Pourtant, j’y ai perdu beaucoup. Je ne suis  plus du tout autonome et J’ai des angoisses, pour quasiment tout.

Aujourd’hui, j’ai perdu tous les rêves que j’avais étant jeune. Je connais mes limites et je les accepte. Je voudrais juste une chose, souffrir le moins possible. Qu’à l’avenir, j’arrive à maitriser mes crises d’angoisses.

Malheureusement, mon mal être est là et il me suivra jusqu’à la mort. N’ayez pas peur des schizophrènes, ils sont occupés à essayer de vivre le moins mal possible, et ne veulent de mal à personne.

Dehors, c’est angoissant

Dehors, peur de sortir

Dehors, peur de sortir

La solitude rend fou. J’ai passé la journée d’hier entre quatre murs. Trop angoissé pour sortir, j’ai juste été faire un tour de 20 minutes dehors. Mes parents qui n’habitent pas loin, étaient partis pour la journée et j’étais complètement démuni. Quand ils ne sont pas là, je n’ai plus aucune vie sociale, je n’ose presque plus sortir. En dehors de mon appartement, c’est le vide et plus aucun repère n’existe.

Comme mon logement n’est pas très grand, je tourne vite en rond et ne n’arrive plus à me concentrer sur rien.

Je voudrais pouvoir vivre, prendre le bus, quand ma famille est à plusieurs centaines de kilomètres. Détruit par une crise de schizophrénie aigue, il y a 35 ans, j’ai eu subitement peur de tout, la foule, la solitude, le train, l’avion, les ascenseurs….

Hier n’en pouvant plus, je me suis mis dans mon lit une grande partie de  l’après-midi. Dehors, c’était la souffrance et l’ennuie.

Aujourd’hui, mes parents étant revenus, je me suis levé de bonne heure. J’ai pu aller à mon association de patients.

L’autocar était rempli de jeunes gens bruyants. Malgré cela, je me suis senti bien. En descendant du bus, dehors, un vent glacial me fouettait le visage et rendait le sol glissant.

J’ai passé plusieurs heures hors de chez moi. Sans cela, je crois que je deviendrais encore plus fou et surtout plus mal dans ma peau que je ne le suis déjà.

C’est un cercle vicieux, moins je suis dehors, plus je me sens mal et moins j’ai envie de sortir. Mes parents n’habitent pas avec moi, mais je sens leur présence à quelques centaines de mètres de là. Cela calme beaucoup d’angoisses que je peux avoir. Si par exemple dehors, loin de mon appartement, j’ai une crise d’angoisse, je peux les appeler et je sais qu’ils viendront rapidement me chercher.

Bipolaires et schizophrènes

Bipolaires, schizophrènes et dépressifs.

Bipolaires, schizophrènes et dépressifs.

Ce matin à l’association de patients, il y a quand même eu une petite dizaine d’adhérents qui ont montré le bout de leur nez, malgré les vacances. Ce n’était ouvert qu’une heure trente. Chantal qui avait d’abord appelé en pleur, parce qu’elle avait perdu de l’argent, est venue malgré ses difficultés pour marcher. C’est une dame d’une soixantaine d’années, un peu vieille France, qui est bipolaire. Pour se remonter le moral, elle achète des viennoiseries. Elle a ouvert la porte de l’association avec un chausson aux pommes dans la main et plein de miettes sur son pull et autour de la bouche. Elle s’est assise pour parler. Elle avait besoin d’échanger et à trouver du soutien auprès d’une autre adhérente, bipolaire elle aussi.

Il y a Fred qui n’a plus de mémoire. Il est un peu crasseux, il oublie de se laver, alors tout le monde hésite à lui serrer la main. Moi, après lui avoir dit bonjour, je me lave les mains avec du savon Hydroalcoolique. Malgré cela, c’est quelqu’ un de très respectueux et de sociable et l’on essaye tous de s’occuper de lui comme ont peu.

Je pourrais aussi vous parler de Thierry, qui a les nerfs qui lâchent facilement. La gouttière du local, complément enfoncée, se souvient encore de son coup de poing. Il ne doit pas être bipolaire mais toujours sur le fil du couteau.

Ou Erica, qui a été diagnostiqué bipolaire à quarante ans. Elle peut passer d’un état de pleur à un état d’euphorie en très peu de temps. Elle n’accepte pas la maladie, après avoir eu un travail et des enfants… Elle est cependant toujours là pour soutenir un autre adhérent. C’est sa façon à elle de continuer à se sentir utile.

Il y a Kevin aussi, schizophrène. Il parle ouvertement des voix qu’il entend et de ses supers pouvoir.

Je me sens dans mon élément avec toutes ces personnes. Nous sommes un groupe avec des dépressifs, des bipolaires, des schizophrènes… Malgré quelques petites disputes anecdotiques nous continuons d’avancer.

Mentalement, trop méfiant

Je suis fatigué, physiquement et mentalement. Je vais passer la journée, seul. Il n’est que 11h00 du matin et je vais regarder l’heure tourner jusqu’au moment, où le sommeil viendra me chercher, ce soir.

Je n’ai plus la force de créer des liens amicaux. Je n’ai plus envie de m’engager. Cela fait sans doute trop longtemps que je vis comme un ermite. Il faudrait que je remette en marche la machine. J’en suis loin.

Dans la rue, les gens apparaissent menaçants. Ils vont m’agresser, surement. Pour me détendre, je fais des exercices de respirations. Pourquoi, s’approche-t-il si près de moi ? C’est mon téléphone qu’il veut voler ? Je regarde ailleurs et je m’éloigne de lui. Ouf voilà, le bus qui arrive. En plus, il ne monte pas dedans.

Vite, vite, je veux rentrer dans mon appartement et fermer à double tour. Les passagers me regardent de temps en temps. Je consulte mon téléphone, pour ne pas avoir à croiser leurs regards.

Le bus est moderne, et il n’y a pas trop de monde. Je me détends un peu en me rapprochant de chez moi. Une angoisse m’envahie soudain, en imaginant qu’il va tomber en panne et nous laisser sur le bord de la route.

Il continue sa route, à coups de freins, de gens qui montent et descendent… Derrière moi, deux hommes parlent forts. Je peux sentir l’alcool qu’ils dégagent. Cela ne me rassure pas. Ils descendent, rapidement.

J’arrive enfin à destination, après de nombreux feux rouges, comme autant de frustrations. Une fois chez moi, je me lave tout de suite les mains.

Je peux souffler un peu. Je ne ressortirais pas de la journée ou juste pour aller voir mes parents.

Le téléphone sonne, cela me stresse. Je n’ai pas envie de parler. Je ne décroche pas. C’est une connaissance et je n’ai rien à lui raconter.

J’attends le soir pour fermer mes volets me mettre dans mon lit.

J’ai viré mon psychiatre

viréCela faisait 16 ans que je voyais mon psychiatre, toutes les trois semaines. Une routine c’était mise en place. En montant l’escalier conduisant à sa salle d’attente, mon cœur s’accélérait, j’avais une angoisse.

En l’attendant, je réfléchissais à ce que j’allais lui dire et ce qu’il allait me rétorquer. La porte s’ouvrait, il me serrait la main en me faisant entrer dans son bureau.

Tout de suite, j’étais mal à l’aise. Il ne montrait aucune émotion face à mes souffrances. Il se contentait de réfléchir, de me regarder et de parler dans un langage pas toujours très clair. Malgré les phrases dures qu’il me disait, je l’écoutais comme le messie. En sortant de l’entretient, j’étais toujours profondément démoralisé.

La première rencontre avait eu lieux suite à ma première crise de schizophrénie aigue. J’étais complètement détruit, au fond du trou et je cherchais désespérément une main pour m’aider à remonter. J’avais passé trois jours dans un hôpital psychiatrique et j’y étais ressorti sans aucun traitement ni recommandation du personnel. J’avais donc quand même décidé de voir un psychiatre en libéral. Un peu au hasard j’avais pris rendez-vous avec lui.

Je n’étais jamais rassuré et il n’était jamais compatissant… Au fil du temps, une emprise psychologique c’était mise en place. J’étais dépendant.

Depuis quelques semaines, je faisais venir chez moi une psychologue. J’ai pu me rendre compte de la différence de traitement. Elle est bien plus humaine, précise et claire. Lorsque nos entretiens sont terminés, je  me sens mieux.

Vendredi donc, lors de mon rendez avec mon psychiatre, je lui ai expliqué mon malaise. Il s’est vexé. Rapidement je me suis levé, suite à une dernière provocation de sa part et je lui ai dit d’un ton autoritaire que nous allions en rester là.

Je lui ai payé sa consultation et je suis parti. Il m’a souhaité bonne route, un peu hagard.

Des exercices de respiration

respirationL’après-midi est difficile. Je suis seul dans mon appartement surchauffé. Le soleil cogne dur, un peu comme l’angoisse dans ma tête.

J’ai fait quelques exercices de respiration pour me relaxer. J’ai aussi pris une douche bien fraiche. C’est comme-ci j’avais devant moi l’immensité de l’univers, comme dernier voyage. Je ne veux pas y aller.

Je me recroqueville, mais le temps passe. J’entends son tic-tac quoi que je face. J’ai peur.

Hier, j’ai demandé à une psychologue de venir chez moi. C’était notre premier rendez-vous. Une jeune femme brillante, avec  laquelle le courant est bien passé.

Ses yeux bleus me regardaient avec intensité et je détournais le regard pour ne pas trop la fixer. Elle m’a posé bon nombre de questions pour mieux connaitre mes problèmes.

Je pense qu’elle sera d’une aide précieuse. Au bout d’une heure de temps, elle avait rempli consciencieusement une feuille format A4.

Cet après-midi, je me sens comme au fond d’un puit. La matinée avait commencé de bonne heure, en même temps que le soleil. J’étais bien.

Vers 9h00, j’ai fait quelques pas jusqu’à mon arrêt de bus et c’est là que tout a commencé à se détraquer.

Je me suis déconnecté. Les paysages défilaient du fond du bus ou je m’étais caché. Au dernier feu rouge je me suis levé pour descendre.

Arrivé à l’association de patients que je fréquente, j’ai fait la bise à toutes les femmes. Fatigué par un réveil trop matinal, je n’avais plus envie de communiquer. J’étais là mais sans parler. Cela m’arrive assez souvent.

Je suis resté debout comme un piquet, à côté des autres qui étaient assis autour d’une grande et massive table. Je suis resté deux heures à marcher d’un bout à l’autre du local.

Avant de  partir, je me suis déridé un peu, pour la forme, histoire qu’on se souvienne que j’étais là.