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Des steaks hachés congelés

Belle journée ensoleillée. Les gens rentrent chez eux, il est 19h00. Les voitures remplies de femmes, d’hommes et d’enfants roulent devant chez moi. Les maisons s’animent, les jardins sont des terrains de jeux. Des odeurs de barbecue arrivent jusqu’à ma fenêtre ouverte. Je suis seul face au clavier de mon ordinateur.

Ce matin, j’ai vu Caroline. Elle envisage de se faire hospitaliser en psychiatrie. Elle est trop mal et devait voir son psychologue avec qui elle fait une psychanalyse. Je trouve cela contreproductif mais je n’ose pas lui dire. Pour un thérapeute, laisser croire à une jeune femme que son problème vient de la façon dont elle s’est construite ou de ce qu’elle a vécue est une escroquerie. Elle parle de sa souffrance comme une démarche nécessaire sur le chemin qui la mènera vers la guérison. Heureusement qu’elle a également un psychiatre qui lui donne un traitement pour la soulager. Le cerveau dysfonctionne parfois et parler de son enfance ne résoudra rien.

J’ai faim mais j’en ai assez de manger des steaks hachés congelés. Je n’ai aucun produit frais. Il faut que j’aille faire des courses mais je n’ai pas envie de me frotter à la foule du supermarché. J’ai juste envie de me souler, ça arrive assez souvent, c’est pour cela que je n’ai pas d’alcool chez moi. Je vais me contenter des benzodiazépines.

Oui, je veux m’abrutir et arrêter de laisser tourner ce cerveau, d’une angoisse à une autre. Devant chez moi, des parents font du vélo avec leurs enfants. J’ai hâte que le soleil se couche et que mon esprit comprenne qu’il est l’heure de passer en mode nuit. Faire le vide dans sa tête est ce qui demande le plus de concentration, on pense toujours à quelque chose. C’est bien cela le problème, chez moi, j’ai toujours une peur qui est là.

Souffrance et martyre

Je suis angoissé. J’ai l’impression que tout ce que je fais va avoir des conséquences dramatiques pour mes proches. Je n’ose plus rien faire. J’ai aidé un peu mon père avec son ordinateur de boulot. J’étais très fébrile, alors que c’est un domaine que je connais un peu. En tout cas plus que lui. Il a fallu aussi bouger quelques cartons et j’étais limite paniqué de peur qu’il ne se blesse de ma faute. Je n’ai touché à rien, craignant d’être responsable. Malgré tout, j’aime passer du temps avec lui. Ce sont des moments privilégiés. Il m’aide toujours dans les moments difficiles.

A part cela, je ne souffre pas trop. J’ai même passé une bonne journée, avec pour commencer ce matin, un jogging de 10 km. Demain la semaine reprend et j’ai hâte de sortir un peu et d’aller à mon association de patients. Bonne nouvelle, je vais pouvoir y continuer mon travail bénévole.

J’ai eu quelques nouvelles de Caroline. Elle souffre beaucoup et ne sait plus quoi faire pour que son martyre s’arrête. Je ne sais pas si c’est un bon conseil mais je lui ai dit de prendre un peu de benzodiazépine et dormir. C’est ce que je fais, ça permet de ne plus souffrir pendant quelques heures. Je m’inquiète pour elle.  Elle ne m’avait jamais écrit de tels SMS. Elle n’en pouvait plus. Je ne connais pas exactement sa pathologie bien qu’elle prenne aussi des neuroleptiques.

Les maladies psychiques sont vraiment des tortures. Dire qu’avant la médecine moderne on pensait que les schizophrènes ne souffraient pas. Peut-être ceux qui sont complètements partis, sans plus aucune lucidité. Même de cela je ne suis pas certain, malgré le fait que prendre conscience de sa condition, est une souffrance supplémentaire.

Dehors, la chaleur commence à baisser et les gens préparent tranquillement leur soirée dans une quiétude rassurante.

Le matin d’un schizophrène

Ce matin, je tremble, je suis fracturé. C’est apparu dès le réveil. J’ai mal à la tête. J’ai du mal dormir. Je n’arrive pas à me concentrer ni à stabiliser mon cerveau. Je dois prendre le bus dans une heure. Je ne suis pas vraiment en état. J’en ai assez de souffrir. J’ai pris mon traitement avec un Temesta en plus. Je suis angoissé.

Hier j’ai passé une partie de l’après-midi avec Caroline. Elle n’allait pas bien non plus. On a bu un verre sans alcool et je l’ai raccompagné chez elle. Elle ne savait plus se repérer dans les petites rues du centre-ville où elle habite.

Elle était vraiment paumée. Elle souffre de troubles psychiques. Je ne sais pas exactement quel est sa pathologie. Elle ne doit pas être schizophrène mais bipolaire. En partant de chez elle, rassuré de l’avoir de l’avoir mené à bon port, elle a posé sa main sur mon épaule comme à un vieil ami qu’elle voulait remercier.

Il faudrait que je calme mon cœur qui bat trop vite sous la pression d’une peur diffuse qui apparait de temps en temps sans que j’en connaisse la raison. Tout tremble autour de moi, je n’arrête pas de passer la main sur le front en me disant « ça va aller mieux ».

J’ai l’impression d’être en manque. J’ai pourtant eu ma dose de nicotine via ma cigarette électronique. Je ne comprends pas pourquoi je souffre. Il faut que je me hâte. Le bus part dans une heure. J’ai ce temps là pour me ressaisir, sinon je serai obligé de demander qu’on me conduise. Je n’aime pas cela. J’aime être autonome. C’est une bataille de tous les jours.

Je ne sais plus quoi faire pour aller mieux. Il faut que j’aille en ville. Je me suis engagé pour l’association dans laquelle j’ai des responsabilités.

J’ai un peu moins d’une heure, maintenant. Le temps passe vite en écrivant cet article.

Effet secondaire

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Je suis speed aujourd’hui. Je ne sais pas pourquoi et j’ai froid. Mon cerveau tourne très vite. Depuis quelques jours j’ai augmenté ma dose de neuroleptique, tout en restant dans les normes prescrites par mon psychiatre.

Le soleil ne me réchauffe pas. Je ne sais pas si j’arriverais à bander… Ce sont les effets secondaires du traitement. Je suis célibataire mais quand même, question virilité, ça me travail un peu. Je sais que ce sont des questions intimes mais les gens ont le droit de savoir que suivre un traitement lorsqu’on est schizophrène peut provoquer ce genre d’humiliation.

Il y a aussi, l’émoussement des actions et les contractions musculaires. Il y a quelques années je me suis retrouvé aux urgences avec la bouche bloquée, grande ouverte pendant des heures. Ca fait très mal.

Quant à mon comportement, comme je ne suis pas quelqu’un d’expansif, ça n’aide pas. Je ne ris jamais de bon cœur, par exemple.

Malheureusement c’est les médicaments ou être enfermé. Sans traitement, je ne teindrais pas quelques jours.

Ce matin sur la grand place, de ******* j’ai vu toute une bande de gars en train de picoler des bières. Ils sont là tous les jours.

Je pourrais finir comme eux, c’est ce qui arrive lorsque l’on est complétement paumé. Des schizophrènes dans la rue c’est assez courant.

Il y en a même dans les prisons. Ce n’est pas vraiment notre place même si parfois en fonction des actes commis. Les victimes souffrent et la justice doit être rendue mais un psychotique en zonzon, ce n’est pas vraiment le lieu pour se stabiliser.

Et puis, il y a le suicide qui est aussi très élevé chez les bipolaires, schizophrènes et les borderlines…

Sinon Caroline, ne répond toujours pas à mes SMS. Je vais me dire quelle a perdu son portable. Elle avait l’air si épanouie et heureuse lorsque je l’avait vu pour la dernière fois. Elle s’était inquiétée de savoir si j’étais bien rentré et le lendemain si j’avais bien dormi.

Depuis plus rien.

A toi et elles

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Caroline, pourquoi tu ne réponds pas à mes SMS, c’est frustrant. Je sais que tu as un copain mais on a passé un bon moment, dimanche dernier. A échanger sur nos angoisses respectives, notre schizophrénie, nos délires,  tu es un peu cabossée aussi.

Tu as ri beaucoup…. Je me suis moqué de toi mais ça avait l’air de te plaire. Qu’un homme  te parle comme ça, sans détour, tu étais conquise. On a plongé nos yeux les uns dans les autres pendant de longues secondes. Tu m’as recoiffé, tu as posé ta main sur ma joue et tu m’as embrassé.

Ce matin, cela fait déjà trois jours et j’ai froid. Je suis juste un ami, c’est ça que tu veux me faire comprendre.

A chaque sonnerie de mon smartphone, je crois que c’est toi. Bon c’est décidé, je te laisse venir, je ne te solliciterai plus.

Tu as toujours préféré les hommes sans troubles psychiques ?

C’est sûr, je suis fier, un peu macho mais je sais être un prince aussi. Je vais devoir aller prendre le bus. J’enverrai un sms vers 11h00 à l’heure à laquelle tu te lèves.

Fait attention à l’alcool, je crois que tu es un peu tombée dedans. On a passé un bon moment de complicité même si les bières nous ont aidées.

J’ai vraiment froid ce matin. Je suis idiot d’être fier comme ça. J’aurai dû être plus présent quand on s’est embrassé l’année dernière.

C’est juste que je n’aime pas montrer que je suis dépendant. Je suis vraiment trop bête. Si tu te reconnais dans cet article, Caroline ? J’écoute en boucle, « l’Américain » de Jennifer Ayache. Si en écoutant cette musique que je t’ai faite découvrir, tu penses à moi. J’aimerai bien faire battre ton cœur de fille.

Il faut vraiment que j’y aille et puis dehors le soleil va réchauffer ma peau.

Demander la lune

demander la lune

J’ai envie de tout casser ce matin, comme un fumeur en manque de nicotine. Il y a du soleil qui passe à travers la fenêtre de mon salon, je le remarque à peine. La pression monte comme si je n’avais pas eu ma dose de crack. Tous les détails qui me prennent la tête d’habitude n’ont plus vraiment d’importances.

J’aime bien cette sensation, je suis à l’exact opposé de l’angoisse, c’est comme une catharsis. Sûr de moi, je n’ai plus peur d’affronter tout ce qui me bloque d’habitude.

Il faudrait que je retrouve le mécanisme qui m’a permis d’en arriver là. Ça fait du bien de ne plus être fébrile. Si je pouvais être tout le temps dans cet état.

J’écoute un peu de musique. Ils passent « Jenn Ayache – L’Américain » à la radio, je me laisse bercer par la mélodie.

Malheureusement, je sais que la chanson va s’arrêter et que je vais retrouver mes angoisses, mes troubles obsessionnels compulsifs…

Et puis le Solian que je viens de prendre va faire son effet et émousser mes émotions, me plonger dans une torpeur chimique. Ce sont les effets négatifs de ce type de médicament. Etre un zombi ou un fou, il faut faire son choix. C’est un peu exagéré mais c’est le principe.

Avec ce traitement, je pourrais, sauter à l’élastique du haut d’un pont, je crois que je ne ressentirais pas grand-chose.

Je commence à être un peu fatigué. Mon état d’euphorie n’aura pas duré longtemps. Je vais retourner dans mon canapé, regarder la télévision et vivre à travers elle. Je suis mécontent. Je demanderai à mon psychiatre s’il n’existe pas une molécule qui pourrait laisser vivre ce que je ressens et garder mon esprit libre des délires et des angoisses. C’est un peu demander la lune mais les hommes y sont bien allés.

Au bord de l’explosion

s'arracher les cheveux

Cet après-midi, je me suis fait un peu mal à la tête, sur mon ordinateur. Je suis resté trop longtemps devant l’écran. En même temps cela me passionne. J’ai des angoisses, je ne sais plus trop ou j’en suis. Je viens de prendre mon traitement et j’espère que cela fera effet. Il faudrait que je dise à mon cerveau d’arrêter de tourner. Je ne suis pas apaisé. Heureusement je suis chez moi. Je peux donc essayer de me calmer sans que personne ne vienne m’importuner. J’ai besoin de calme. Je n’ai pourtant rien fait d’extraordinaire, juste quelques modifications sur mon blog.

Une femme a appelée pour du démarchage téléphonique. D’habitude je discute un peu pour être poli mais là j’ai été assez direct, je n’en pouvais plus. Elle fait un métier difficile.

J’ai une bière dans mon réfrigérateur mais je ne suis même pas tenté. Ça ne ferait qu’aggraver mon état, déjà limite.

Il n’y a pas vraiment de recette miracle quand je suis prêt à exploser. Juste prendre un peu de recul, boire un peu d’eau, écouter de la musique et essayer de me concentrer dessus.

Surtout ne voir personne et rester calme.

Le bon dernier

Chaque jour apporte sa vague de souffrance. Je suis énervé, j’ai envie de donner des coups de poings dans les murs. Je suis seul chez moi, je ne comprends pas pourquoi je suis dans cet état. J’essaie de trouver une chanson qui me calmera mais ils ne passent que des pubs à la radio. Et puis j’en ai marre de souffrir comme ça. La musique adoucit les mœurs, alors pourquoi j’ai envie de tout casser. C’est peut-être pour que vous compreniez à quel point je suis mal. Vous n’êtes pas dans mon corps. Vous ne pouvez pas comprendre. Aucune parole ne m’a jamais soulagé, malgré vos bonnes intentions. « Positivez » on me dit souvent. Ça m’énerve encore plus. Je ne veux faire de mal à personne, je veux juste arrêter d’avoir ce tictac dans ma tête. Le temps qui passe vers une souffrance encore plus grande. De toute façon quand je partirai, je ne laisserai rien. Je voudrai tellement être diffèrent, être une autre personne. Bien dans sa peau comme on dit. Mais là, je suis mal foutu, angoissé, cassé par la souffrance. On me traite de fainéant, « tu profites du système » j’entends quelque fois.

Je veux juste dormir, l’antichambre de la mort. Je n’ai rien trouvé de mieux. Je suis au bord, souvent. Pourquoi je continue à jouer la comédie ? Paraitre normal, pour faire plaisir à qui ? Chercher à avoir des amis, qu’on dise du bien de moi. Etre populaire, c’est un chouette exercice… J’en suis fatigué. Il y a des codes pour tout. Il faut être comme ceci ou comme cela. N’appelez pas les pompiers si je fais un scandale en publique.

Et puis « merde » je vais pêter les plombs. Je devrais peut être dire « zut » je crois que je vais danser sur la table.

J’en ai assez de toutes ces conventions. Tout le monde joue la comédie, ça se voit comme le nez au milieu de la figure. La terre est peuplée de gens qui veulent paraitre. Des milliards, de menteurs et d’hypocrites qui veulent tous la même chose.

Riches, célèbres, populaires, être aimé, battre des records, toujours plus haut et plus fort, plus vite…

Je ne suis pas venu pour cela et ça me fatigue de faire semblant de jouer au même jeu que vous.

J’ai même bien envie d’être le bon dernier.

 

Se réveiller dans un hôpital psychiatrique.

Un soir à 19 ans ou tout bascule. La nuit est tombée, dans une région montagneuse en France. Je quitte la table familiale.

Je ne sais pas où je vais et je n’ai rien dit à personne. Les délirent me guident, dans un parking sous terrain. D’abord euphorique, je sens monter en moi une violence que je ne vais bientôt plus pouvoir contrôler. Je recherche alors un lieu, avec de l’espace.

Je marche sur une route qui mène à une frontière. Les délirent m’assaillent, il n’y a rien à part un poste frontière avec deux ou trois douaniers mais moi je vois des centaines de tireurs d’élites qui me visent et qui vont appuyer sur la gâchette. Je me sens en danger de mort. Je suis à une cinquantaine de mètres des douaniers. Le danger, bien qu’irréel parait tellement vrai que craque et je me mets à hurler, pendant plusieurs minutes…

Je suis en boule sur la route, une ou deux voitures passent. Je reprends un peu mes esprits.

Je vais vers les douaniers et je rentre dans le poste frontière. Ils me demandent de rester debout. Un médecin, une piqure et quelques péripéties plus tard, je me retrouve dans une ambulance. La douleur est insupportable, nous faisons halte dans un hôpital. Un gaillard assez costaud me suit de près, nous rentrons dans une pièce. Mon garde du corps bloque la sortie pendant qu’une soignante paniquée me donne un verre en plastique, censé soulager ma douleur.

Je n’ai pas le temps de le mettre à ma bouche que ne pouvant supporter plus de souffrance, je m’évanouie.

48 heures plus tard, je me réveille dans un autre hôpital, psychiatrique celui-là. Je suis en caleçon dans un lit. Je me lève. Je ne comprends pas tout de suite ou je suis. D’un long couloir, vient vers moi un homme en blouse blanche.

L’expérience de l’hôpital psychiatrique en 2014

Dans un hôpital psychiatrique, il n’y a pas forcement de barreaux aux fenêtres. De grandes baies vitrées donnent sur un monde qui continu à vivre. Ici le temps s’est arrêté. Un médecin décidera quand vous sortirez, car il y a quand même des serrures aux portes. Des infirmières parfois jolies, vous donnent des pilules trois fois par jour. On ne vous explique pas ni pourquoi les prendre ni ce qu’elles contiennent.

Tout est aseptisé et personne ne pense à se révolter. Les patients ne sont pas violents, les bains d’eaux glacées, les électrochocs, les puissants calmants, la contention, la lobotomie… sont dans les mémoires collectives.

Les discussions entres patients sont pauvres et se limitent à quelques propos délirants. Les journées sont longues et l’espoir de sortir varie en fonction de règles que vous ne comprenez pas.

Dans cette médecine-là, il n’y a pas de pédagogie. La peur crée le cadre, qu’il faut à nouveau respecter pour retrouver la liberté et vivre comme tout le monde.

Ce n’est pas de l’éducation mais plutôt du dressage, chaque patient le comprend très vite.