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Les propos délirants d’un schizophrène

Propos délirants

Propos délirants

Les températures ont nettement baissées. Je ne me sens pas trop mal. Je suis assez serein. Pourtant, lors de mon dernier entretien avec ma psychiatre, j’ai tenu des propos délirants. Il fallait que j’en parle. J’étais tout excité. Elle ne m’en a pas tenu rigueur.

En règle générale, j’arrive à tenir ma langue. Lorsque je suis à l’association de patients, ou avec des amis. Mais mon cerveau est rempli de propos délirants, que j’enfouis au plus profond de moi.

Ils ne sortent que rarement. Cependant, il a encore quelques années, je pouvais harceler mes parents. C’était horrible.

Heureusement pour eux, je suis plus stable, et surtout, j’ai changé de psychiatre.

Mes propos délirants, principalement mystiques, ont nettement baissés. Je peux encore avoir des envolés lyriques, quand je suis seul, mais c’est assez rare.

Mon cerveau se met dans une sorte d’excitation. C’est assez agréable, de se croire le roi du monde.

Pour me protéger, je n’invite plus personne chez moi. J’avais un ami qui venait de temps en temps, mais depuis plusieurs mois, je communique avec lui exclusivement par texto.

Mon appartement est un sanctuaire. Le lieu dans lequel, je peux être seul et me retrouver, pour me détendre et m’éloigner de l’agitation de la vie. Je ne suis plus soumis au regard des autres, que j’ai du mal à gérer.

Dans quelques minutes, je vais aller rendre visite à mon père, qui habite tout à côté de mon appartement. En passant le pas de ma porte, je vais enfiler un masque, pour me protéger, comme je peux, d’un voisin, du facteur….

Je n’ai que 2 minutes de marche à faire, mais cela me parait être une éternité. Je ne resterai que quelques minutes, histoire de voir mon père, et de me dégourdir un peu les jambes.

J’attends le crépuscule avec impatience, pour fermer mes volets et ma porte à double tour.

Tout le temps à la limite de la folie

Tout le temps à la limite de la folie

Tout le temps à la limite de la folie

Je suis trop souvent à la limite de la folie. Il suffit qu’une phrase que je dis ou que j’entends, sonne un peu différemment, je l’interprète, croyant détenir la vérité caché du propos. C’est dans ces moments-là que je ne me sens pas bien. C’est très désagréable. Je m’arrête de parler, je me sens souvent remis en cause, et les idées folles tournent dans ma tête.

Je voudrais que mon cerveau cesse de me torturer de la sorte, qu’il soit moins parano.

Je me sens tellement mieux, lorsque la discussion est fluide, que les mots sortent de ma bouche de façons spontanées, et en rapport avec le sujet évoqué.

J’en ai assez, de passer du coq à l’âne, d’être exclu de la discussion, ou qu’un silence s’installe, parce que mes propos sont hors sujets.

Je ne veux plus être décalé.

Les autres sont devenus une vraie torture. Je suis plus qu’à la limite de la folie et je ne sais plus comment faire. Je reste chez moi, enfermé, paranoïaque… Les autres ne veulent pas mon bien, je me dis souvent.

De qu’elle planète je viens ?

Tout le temps à la limite de la folie, je scrute chacun de mes mouvements, je me remémore presque tous mes propos, pour savoir pourquoi ça ne match pas avec les autres.

Je me pose trop de questions. Dans mon cerveau, le disque est rayé.

Et puis, je suis fragile. La moindre critique ou remise en cause me perturbe beaucoup.

Tout ce mélange, pour former un être malade : Parano, décalé, fragile…

Je suis une vraie bombe à retardement. Prête à exploser, au moindre choc. Je me replis alors sur moi. Je ne laisse plus rentrer personne dans mon appartement. C’est ma zone de confinement, un peu en hauteur, au premier étage, pour voir arriver le danger.

Voyage au cœur de la folie

Voyage au cœur de la folie

Voyage au cœur de la folie

Hier mon cerveau m’a accordé un peu de répit. Malgré mes craintes, la réunion pour mon association s’est bien déroulée. J’étais pourtant très anxieux, quelques heures avant.  Mon père au volant de sa voiture, m’y a conduit. Nous avons discuté tout au long de la route.

J’étais tellement mal ces jours précédents, que j’avais peur d’y faire une crise d’hystérie. J’étais rentré dans une logique, ou chaque propos entendu, était déformé, pour lui donner un sens plus profond. Révélant je le croyais, de mystérieuses informations sur les relations réels avec les autres.

C’est invivable de vivre comme dans ces conditions, et cela m’a déjà conduit en hôpital psychiatrique.

Aujourd’hui, j’essaie au maximum d’être spontané, sans trop réfléchir aux éventuels seconds sens, qu’un geste ou une parole pourrait signifier.

Je ne m’étais pas posé ce genre de questions par hasard. En effets, je n’arrivais pas à communiquer avec les autres. Je sentais bien que dans mes attitudes, j’étais à côté de la plaque. Mes relations amicales ne duraient jamais très longtemps, et j’en étais fort peiné.

Je voulais alors comprendre pourquoi, en disséquant jusqu’à la folie, toute communication.

Pourquoi très souvent, tout échange verbal se terminait rapidement, alors que j’avais encore des choses à dire. Pourquoi j’étais si souvent exclu.

C’est un véritable cauchemar de vivre comme cela.

Hier, lorsque j’étais en voiture avec mon père, pour la première fois, je l’ai vraiment écouté. J’ai très souvent acquiescé à ses propos. Une relation privilégiée s’est mise en place entre nous deux.

Ce matin, je suis assez calme. Au centre commercial, j’ai un peu discuté avec la caissière. Il n’y a pas eu de sens caché dans nos propos. J’en étais soulagé.

Dans quelques minutes, je vais aller voir si mon père est chez lui, pour voir un peu ce que nous avons à nous dire, et surtout l’écouter.

Je suis en train de devenir fou

Devenir fou

Devenir fou

Je suis en train de devenir fou, c’est horrible. J’interprète les propos des gens, pour leur donner un autre sens, que leur sens premier. Je suis passé de l’autre côté de la frontière. Je suis dans un autre monde, et je ne sais pas comment faire pour revenir parmi vous.

Chaque échange verbal ou gestuel, est l’occasion d’une folle réflexion. Mon cerveau tourne, tourne, jusqu’à l’écœurement. Je me sens mal. Je suis obligé de m’isoler, fuir les autres, dans mon appartement.

De temps en temps quand même, je vais voir mon père, pour essayer d’avoir une discussion naturelle, et remettre mon cerveau sur les bons rails. Pour l’instant ce n’est pas très efficace. C’est même pire que mieux. Je suis en train de devenir fou.

J’ai pourtant bien pris mon traitement.

Dans une semaine, j’ai rendez chez ma psychiatre. Cela fait trois mois que je en l’ai pas vu. En générale, elle arrive à m’apaiser.

Mais pour l’instant, j’ai cette folle impression, si faussement évidente, que les autres communiquent avec moi de manière presque magique. Comme si le sens premier d’un échange, n’était qu’un habillage, pour dire des choses plus profondes. Je suis en train de devenir fou.

Tout aurait un sens caché, comme une nouvelle voiture garée dans ma rue, ou un démarcheur, qui viendrait sonner à ma porte…. Je suis en train de devenir fou.

Je n’ose plus sortir de chez moi. Chaque stimulus est une agression. C’est horrible.

En général, cet état de surexcitation intellectuelle, se calme en soirée. J’ai alors un peu de répit.

Il me reste cependant, encore de nombreuses heures à tenir. Pourquoi mon cerveau vrille t’il ainsi comme cela ?

Il faut que je sois en forme demain. J’ai une réunion pour mon association, et je n’ai pas envie d’y faire une crise d’hystérie.

Mes muscles sont tendus à craquer

Mes muscles

Mes muscles

Mes muscles sont tendus. J’essaie de trouver une solution pour me relaxer, sans y arriver. J’ai déjà fait deux allers retours chez mes parents. Je peux les voir 10 fois fans la journée. Ils viennent de me dire que cela ne les dérangeait pas. Je leur avais posé la question. Ils sont vraiment bienveillants mes parents.

Je suis rentré chez moi. Je me suis installé devant mon ordinateur, et en même temps que j’écris, une agréable musique sort des enceintes de la télévision.

L’association de patients est fermée cette semaine. Je tourne un peu en rond.

Pas facile d’être schizophrène en 2018. Je pense à toutes ces fois, ou je me suis retenu de parler de ma pathologie. La plupart des gens sont ignorants. Ils nous prennent pour de dangereux psychopathes.

D’autres fois, j’ai l’impression que les fils qui relient toutes les choses entres elles, m’apparaissent de façon claires et distinctes. Je parle avec mes voisins, je marche dans mon lotissement, et je suis envahi de toutes ces fausses interprétations. Il faut alors que je rentre chez moi, seul, entres les murs de mon appartement, pour ne pas sombrer complètement.

Je me replie sur moi. Dehors, tout est dangereux et angoissant. Surtout l’après-midi, usé par plusieurs heures de pensées délirantes, je me sens mieux le matin.

Mes muscles se sont un peu détendus. Je vais pouvoir bientôt retourner dans mon canapé.

En attendant, je continue vapoter.

A midi, je prendrais quelques gouttes de CBD, à mettre sous la langue.  Ce cannabidiol aide à me détendre. Il est difficile à dire, si cette substance clarifie mes pensées, au même titre qu’un antipsychotique, comme on peut le lire sur internet. Cela fait quelques jours que j’en prends. Quand ma fiole sera vide. Je pourrais estimer, si je me sens toujours aussi bien.

Pourquoi nous manque-t-on de respect dans les hôpitaux psychiatriques ?

les hôpitaux psychiatriques

les hôpitaux psychiatriques

En psychiatrie, le patient est bien souvent infantilisé, déshumanisé… Il est malade, il n’est plus capable de participer aux décisions le concernant, pensent-ils. Nous sommes à la merci de l’autorité d’un psychiatre, d’un infirmier…  Il est difficile de nous rebeller. On peut nous entraver physiquement, ou psychiquement. On ne nous considère plus comme des êtres humains.

J’ai le souvenir d’une hospitalisation psychiatrique, à ma demande, qui avait commencé de manière brutale. L’infirmier m’avait  d’abord demandé de lui donner mon argent, mon smartphone, ma vapoteuse… Pourquoi n’y avait-il pas de casiers individuels ? Puis j’ai le souvenir d’une porte, qui s’était fermée brutalement, me séparant de mon père, qui m’avait accompagné.

Nous n’avions accès à une cours, pourtant grillagée, que de temps en temps, au bon vouloir des soignants.

J’ai d’autres souvenirs. Quelques années plus tard, aux urgences, après des heures d’attentes, une psychiatre qui voulait savoir ce qui m’avait poussé à venir, s’est mise à me parler comme à un enfant. Au bout de quelques minutes, exaspéré, je lui ai fait remarquer que son attitude ne faisait que m’énerver.

Pour la grande majorité, nous les schizophrènes, nous ne sommes statistiquement pas plus dangereux pour les autres, que le reste de la population. Mais à cause de quelques affaires dramatiques, et grandement médiatisées, nous ne pouvons parler ouvertement de notre pathologie. Car elle fait peur.

Il est alors difficile de s’exposer, pour demander un changement de comportement nous concernant. Nous restons cachés, dans les villes, les campagnes… Sans connaitre notre pathologie, on peut dire de nous que nous sommes étranges, ou même ne pas nous remarquer du tout.

Pourquoi comme pour la dépression, il y a quelques années, ne lance-t-on pas des campagnes publicitaires, à la télévision, sur ce qu’est réellement la schizophrénie ?

Nous avons tant à dire. Nous voulons sortir du placard.

Hier vers 18 heures, l’heure du crime

heures

Heures

Hier vers 18 heures, je n’en pouvais plus. J’étais dans mon canapé depuis le début de l’après-midi. J’étais bien sorti entre deux, pour m’acheter une bière dans le supermarché pas loin de chez moi. L’alcool m’avait fait du bien sur le coup, mais m’avait rendu triste et fragile dans un second temps. Je n’aime donc pas trop en acheter. Et puis les addictions se manifestent plus fréquemment chez les personnes qui souffrent de ma pathologie. Je fais alors particulièrement attention.

Hier vers 18 heures, j’ai pris mes comprimés du soir, dans une atmosphère intérieure triste et angoissée. Mon cerveau ne supportait plus aucune information. Tout devenait source de souffrance. Dans ces moment-là, je n’ai qu’un seul refuge, mon lit, en priant pour m’endormir rapidement.

Avec la dose assez levée de sédatifs que l’on me prescrit, je peux dormir 12 heures de suite.

Le lendemain, je me réveille angoissé. Il faut que je sorte de mon lit et que j’émerge, pour retrouver un peu de quiétude. Assez rapidement, je prends mes comprimés du matin. Oui, ma vie est rythmée 3 fois par jours par des pilules à avaler. Si je loupe un épisode, je m’en rends compte rapidement. Le manque me fait terriblement souffrir.

Je ne sors jamais chez moi, sans avoir mon pilulier rempli pour la journée. C’est comme une expédition, dès que je franchis le seuil de ma porte. Je soupèse ma poche de pantalon, pour être sûr que j’ai bien les clés de chez moi, et que je ne risque pas d’être enfermé dehors.

A l’extérieur c’est l’insécurité. Je n’y reste jamais très longtemps. Il y a les autres, leur regard que je ne sais pas gérer. Je les fixe, je tourne la tête, je regarde en haut en bas  à droite à gauche, je n’y arrive pas.

Extrême journée

Extrême

Extrême

Extrême fatigue ce samedi matin. C’est venu d’un seul coup. J’étais dehors chez mes parents quand c’est apparu. Je discutais avec ma mère et je n’arrivais plus à m’exprimer. De longues secondes passaient entre chaque mot. Mes phrases n’étaient plus fluides mais comme un long bégaiement. Il fallait vraiment que je rentre dans mon appartement pour me reposer.

Une fois chez moi, après ce moment extrême, je me suis mis dans mon canapé. Je n’avais plus la force de ne rien faire d’autre. J’avais la tête qui tourne, comme si j’étais dans un manège à sensation. Je déteste cela. Ça me donne envie de vomir.

C’est aussi le traitement extrême que je prends qui me fatigue. Toujours cette même boite que j’ouvre trois fois par jour, pour prendre mes comprimés. C’est devenu un rituel. Quand j’oublie, ce qui est rare, mon corps me le rappel. Je tremble, j’ai des crises d’angoisses et je suis en extrême souffrance. Avec le temps, je suis devenu dépendant aux anxiolytiques. Comment de si petites choses, 1mg, peuvent-ils avoir autant d’influence ? Il me faut ma ration, plusieurs fois par jour, en plus des neuroleptiques.

Hier, un violent orage est venu refroidir l’atmosphère. Dans mon appartement, il faisait trente degrés. Le matin, j’avais fait une prise de sang pour connaitre ma sérologie à la toxoplasmose. En effet, selon des études sérieuses, entre 16% et 37% des cas de schizophrénie, seraient dû à cette à cette infection parasitaire.  J’attends les résultats.

Demain, je vais passer mon dimanche seul. Je me suis acheté un morceau de viande pour me redonner un peu le moral. Ces moments d’extrême solitude sont réguliers. Trop d’angoisse pour sortir tout seul de chez moi ou appeler quelqu’un.

Pour l’instant, je vais essayer de profiter de ce samedi en famille. Ma grand-mère de 92 ans, est aussi extrême dans son cas. Elle doit venir manger avec nous chez mes parents. Elle est parfois de mauvaise humeur et tout le monde en prend pour son grade.

Hospitalisations en milieu psy

J’ai changé de psychiatre il y a quelques mois et je viens de récupérer mon dossier médical. Ce n’est jamais agréable de se replonger dans le passé, en consultant les lettres des médecins, relatives aux diverses hospitalisations. On peut y lire tout un charabia technique.

Hospitalisations en milieu psychiatrique

Hospitalisations en milieu psychiatrique

Avant cela le matin, j’avais repris le bus. Je n’ai pas aimé le bruit des uns et des autres à l’intérieur. Je suis vite contrarié.  J’aime le silence et quand tout est calme. Malgré tout je n’ai pas eu d’angoisses. Une adhérente de l’association dans laquelle je vais, était juste à côté de moi. Elle ne m’a pas vu. J’ai un petit doute. C’est une femme d’une trentaine d’années, avec des jambes interminables. Elle est généralement vêtue de manière assez vieillotte. C’est toujours une aventure, quand on veut communiquer avec elle. Elle n’est pas très bavarde et de sa bouche ne sortent que très peu de mots, assez secs. Je ne pense pas qu’elle ait connu des hospitalisations en milieu psychiatrique.

A l’association, ils sont rares les adhérents qui n’ont pas connu d’hospitalisations en milieu psychiatrique.

Sur une lettre de mon dossier médical, j’ai pu lire que je voulais rationnaliser les épisodes délirants. Il m’a fallu des années pour accepter que se fût mon cerveau qui me jouait un mauvais tour. C’est tout un cheminement pour accepter la maladie. Au début, c’est vrai, je voulais expliquer mes délires pour qu’ils aient un sens. C’est moins traumatisant et cela fait moins peur que de ce dire qu’il n’y a pas d’explications, que c’est juste le cerveau qui dysfonctionne.

Sur une lettre, pour une des autres hospitalisations, il était inscrit « tentative de suicide ».  Cela fait froid dans le dos. Je n’étais pas délirant, mais juste en trop grande souffrance, pour faire l’effort de continuer à vivre.

Il y a encore quelques années, je n’aurai pas eu la force de me plonger dans cette littérature.

Cerveau de psychotique

Le cerveau d'un psychotique

Le cerveau d’un psychotique

Cela fait plus d’un mois que je me réveille de bonne heure, vers 5 ou 6 heures. La nuit noire entoure mon appartement et comme dans un bateau, au milieu de l’océan, j’attends que le soleil se lève.

Mon cerveau tourne à mille à l’heure. Je rêve de devenir millionnaire, d’avoir une femme et de beaux enfants…

Je m’installe devant la télévision et j’ingurgite des images jusqu’à en être écœuré. Je regarde l’heure et à 7 heures précise, c’est toujours le même rituel. Je remplis mon pilulier, et j’avale ma dose de comprimés. Je suis alors rassuré, je peux ouvrir les volets et la porte de mon appartement. Normalement, je ne ferais pas de crise.

Mon cerveau est heureux, il a sa ration d’anxiolytique. Mon corps se détend un peu.

Aujourd’hui c’est le jour du seigneur. Je lui en veux de m’avoir infligé cette pathologie. A la télévision, j’évite tout ce qui concerne la religion, je suis trop écœuré.

Pour le repas du midi, ma grand-mère sera avec nous, chez mes parents. Elle aussi a le cerveau qui dysfonctionne. Mais pour elle, c’est la mémoire. Elle oublie qu’elle pose toujours les mêmes questions, comme ce que je fais dans la vie. Je lui réponds toujours le même mensonge, car en réalité, je n’ai quasiment jamais travaillé. La maladie s’est déclarée, je n’avais pas 20 ans. J’ai fait quelques tentatives mais je n’ai pas tenu. Par exemple, dans une grande surface, mon travail était de mettre en rayon les articles, avant que les clients n’arrivent. C’était, juste après ma deuxième hospitalisation.  J’ai tenu trois jours, avec une boule au ventre, et un cerveau en vrac. J’ai donné ma démission.

Avant cela, j’avais travaillé dans la démolition, pendant 15 jours, c’était après ma première hospitalisation. J’avais déjà comme phobie de m’éloigner de ma ville et comme je n’ai pas voulu aller sur un autre chantier, à 1 heure de route, j’ai été remercié.