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Artificiel substance

artificiel

Artificiel

La douceur de la codéine apaise mes souffrances. Je suis heureux et bien dans ma peau. Il y avait un bout de temps que je n’avais pas ressenti un tel bien être. C’est un peu artificiel vous allez me dire mais je n’en pouvais plus.

Le supermarché pas loin de chez moi est ouvert ce matin. A 9h00, j’étais dans les starting-blocks pour acheter ma dose de caféine. Les gens attendaient devant la grille du magasin, regardant leur montre pour voir le lourd rideau en fer se lever. Les caddies rangés les uns à côté des autres se sont mis en mouvement comme un seul homme, une fois l’accès libre.  Je me suis faufilé pour aller le plus rapidement possible dans le fond du magasin. La caféine est aussi un moyen artificiel mais cela me fait du bien.

Il y a aussi la nicotine que j’absorbe avec ma cigarette électronique qui m’apaise.

La schizophrénie est une maladie détestable. Dans le magasin, obnubilé par mes achats, je n’ai pas prêté attention aux autres. De retour chez moi, je me suis installé dans mon canapé. La télévision, moyen artificiel de combattre la solitude s’est mise à cracher des images multicolores. Les yeux grands ouverts, je pouvais comprendre que nous étions le 14 juillet 2015 et que le défilé militaire allait commencer. La nation toute entière était là pour faire la fête. Je me sentais un peu loin de tout cela.

Je me suis mis à regarder autour de moi. J’étais seul dans mon appartement. J’ai eu le sentiment que tout était artificiel. Moi aussi, je voulais danser, applaudir…  Ce soir, des bals populaires et des feux d’artifices allaient éclairer le ciel de milles scintillements. J’entendrais surement quelques pétards, mais je ne ferai pas la fête.

Pour l’instant, je pouvais me tenir droit dans mon canapé, c’était déjà beaucoup.

Tendu au matin

tendu le matin

Tendu le matin

Une belle journée ensoleillée qui pointe le bout de son nez. De mon côté je me suis réveillé tendu. Il était 6 heures du matin. J’ai augmenté ma dose de neuroleptique le soir et mon corps n’est pas vraiment ravi. Il me le rappelle le matin. Il me faut plusieurs heures pour que je ne sois plus comme un élastique tendu. Avec le temps, j’espère que cela va passer parce que c’est vraiment désagréable. Mon corps, à ce moment-là de la journée est un arc tendu au maximum.

Vers 10h00, je retrouve de la sérénité, après avoir été faire une petite balade dans le supermarché pas loin de chez moi. Ce matin, à la caisse derrière moi, à l’ouverture du magasin, un homme tenait une bouteille de mousseux premier prix. Il paraissait un peu paumé, dans des habits sales et trop grands pour lui. Il n’avait pas l’air d’être tendu et m’a salué poliment.

De retour dans mon appartement, j’ai réfléchi à la journée qui allait passer et je me suis dit qu’elle allait être monotone. Cela fait une semaine que je suis bien plus anxieux, voir angoissé. Je n’arrive plus à prendre le bus pour aller à l’association de patients. Je ne sais plus quoi faire pour calmer mes angoisses. Je me retiens d’appeler mes proches qui en trouvent les raisons futiles. De plus, mes parents commencent à vieillir et je ne veux pas trop leur en demander.

Le pire c’est l’après-midi, après le déjeuner. Je regarde, tendu, l’horloge et je compte les heures qu’ils me restent, jusqu’à la prise de mes médicaments vers 18H00. C’est à cette heure-là que je retrouve du bienêtre. Le soir et la fin de matinée sont les deux seuls moments de la journée ou je ne souffre pas trop.

J’ai entendu qu’une jeune femme en Belgique, avait demandé à se faire euthanasiée, pour des souffrances psychiques intolérables. J’y pense parfois et je loue le modernisme de son pays, bien que je pense avoir encore un peu de marge.

Sédatif est l’effet

Effet sédatif du Tercian, puissant Neuroleptique

Effet sédatif du Tercian, puissant Neuroleptique

En me réveillant sous sédatif, ce matin à 6 heures, je me suis rendu compte que j’avais oublié de sortir les poubelles.

Chaque appartement le fait à tour de rôle. J’étais encore assommé par le Tercian, puissant neuroleptique, avec effet sédatif, que j’avais pris la veille. Je suis quand même descendu dans le local poubelles, pour sortir les sacs de détritus et les déposer sur le trottoir. Heureusement, les éboueurs n’étaient pas encore passés.

Puis très vite, je me suis installé devant la télévision. C’est mon occupation principale. Cela fait plusieurs années, que je ne me suis pas éloigné à plus de quelques kilomètres, autour de mon logement. Mon psychiatre m’avait dit que je souffrais de phobie sociale, en plus du reste.

Le soleil s’est levé et j’ai pu me rendre compte que la météo était exécrable. Nous sommes le samedi 27 décembre 2014, j’ai 36 ans. De mon canapé, je peux voir et entendre les bourrasques de vent qui viennent claquer la pluie contre les fenêtres.

Je vais encore passer un weekend seul. J’ai fait quelques tentatives pour inviter des amis chez moi. Assez vite, leur présence m’était devenue insupportable.

Je me sentais comme bousculé par leurs propos et énervé qu’ils touchent à tout dans mon appartement. J’ai coupé les ponts avec eux.

J’ai froid. L’unique radiateur de mon séjour n’est pas assez puissant pour réchauffer la pièce. Je vais peut-être aller faire un tour dans l’hyper marché juste à côté de mon domicile. Il m’a fallu des années, pour affronter les crises d’angoisses que la foule provoquait sur moi. Encore aujourd’hui, je ne m’y attarde pas trop et je vais à l’essentiel, c’est-à-dire pour l’alimentaire, lorsque mon réfrigérateur est vide. Je prends juste un grand sac, pour évacuer les lieux rapidement, au cas où.

Je vais devoir aussi préparer la soirée du 31 décembre. Une soirée calme, tout seul chez moi, avec peut être un petit extra pour le repas, sans me coucher tard, à cause de l’effet sédatif de mon traitement.

J’ai hâte que cette année se termine.

Cloué sur place

Cela faisait quelques jours que je prenais du Tercian. Un comprimé et la vie bascule, dans une tiédeur suffocante. Le médicament met quelques dizaines de minutes à agir. Soudainement cloué au canapé, l’effet sédatif est impressionnant. Plus aucune envie de bouger ni de rien faire. Dans les effets secondaires, il y a aussi la prise de poids. Avalé en début d’après-midi, vers 19h00, je n’en pouvais plus et j’allais me coucher.

J’étais un vrai zombie, et ne faisais strictement plus rien. Malgré tout, les idées ruminantes étaient encore là, mais sans les vivres.

Me sentant mieux et n’étant plus angoissé, j’ai arrêté d’en prendre. Ma psychiatre m’avait dit que je pouvais le gérer.

Je sais que j’ai ce médicament sous la main en cas de coup dur, mais dans ces moments-là, on met la vie entre parenthèses. On regarde passer le temps, sans plus aucune initiative. Et encore, j’avais la plus petite dose.

Ce médicament, n’est pas miraculeux. Il ne rend pas heureux et les pensées délirantes continuent. En même temps, on lui demande juste de calmer l’anxiété. Pour le reste, j’ai mon traitement habituel. J’avais arrêté d’écrire, de lire et de regarder des films…

Aujourd’hui, je profite un peu de la vie, même si elle est assez pauvre. Je suis retourné à mon association de patients avec plaisir et je me fais une séance de cinéma, à la maison l’après-midi.

J’espère, que je n’aurai pas de coup dur à gérer trop rapidement. En effet, chaque stress pour une personne atteinte de ma pathologie, est un vrai enfer à vivre. C’est aussi pour cela que j’ai mes habitudes et je n’en change pas souvent. Il ne faut pas qu’un évènement imprévu ne survienne, de santé ou même un petit détail, provoquant un sentiment de mal être.

Pourriez-vous avoir un ami schizophrène?