Artificiel substance

artificiel

Artificiel

La douceur de la codéine apaise mes souffrances. Je suis heureux et bien dans ma peau. Il y avait un bout de temps que je n’avais pas ressenti un tel bien être. C’est un peu artificiel vous allez me dire mais je n’en pouvais plus.

Le supermarché pas loin de chez moi est ouvert ce matin. A 9h00, j’étais dans les starting-blocks pour acheter ma dose de caféine. Les gens attendaient devant la grille du magasin, regardant leur montre pour voir le lourd rideau en fer se lever. Les caddies rangés les uns à côté des autres se sont mis en mouvement comme un seul homme, une fois l’accès libre.  Je me suis faufilé pour aller le plus rapidement possible dans le fond du magasin. La caféine est aussi un moyen artificiel mais cela me fait du bien.

Il y a aussi la nicotine que j’absorbe avec ma cigarette électronique qui m’apaise.

La schizophrénie est une maladie détestable. Dans le magasin, obnubilé par mes achats, je n’ai pas prêté attention aux autres. De retour chez moi, je me suis installé dans mon canapé. La télévision, moyen artificiel de combattre la solitude s’est mise à cracher des images multicolores. Les yeux grands ouverts, je pouvais comprendre que nous étions le 14 juillet 2015 et que le défilé militaire allait commencer. La nation toute entière était là pour faire la fête. Je me sentais un peu loin de tout cela.

Je me suis mis à regarder autour de moi. J’étais seul dans mon appartement. J’ai eu le sentiment que tout était artificiel. Moi aussi, je voulais danser, applaudir…  Ce soir, des bals populaires et des feux d’artifices allaient éclairer le ciel de milles scintillements. J’entendrais surement quelques pétards, mais je ne ferai pas la fête.

Pour l’instant, je pouvais me tenir droit dans mon canapé, c’était déjà beaucoup.

4 réflexions au sujet de « Artificiel substance »

  1. Marie

    Bonjour Paul,
    Les personnes souffrant de schizophrénie ont en général une faible estime d’elles-mêmes et vous ne devez, je pense, pas faire exception à la règle. C’est pour cela, Paul, que je tiens à vous faire part de toute mon admiration.
    Admiration pour avoir créé ce site, pour l’ordonner, l’illustrer, le faire vivre.
    Admiration pour vos articles, toujours très simples et bien écrits. Vous ne vous plaignez jamais vous nous faite simplement part de vos difficultés quotidiennes et de la souffrance qui se cache derrière votre maladie.
    N’oubliez pas que tout est impermanent, que tout change à chaque instant, que les pensées, les émotions les ressentis que vous avez à l’instant ou je vous écrit seront déjà différentes lorsque vous lirez ce mail. Il en est de même au niveau de votre corps ou a chaque instant des milliers de transformations se produisent, des cellules meurent , d’autres naissent. Au nom de cette impermanence tous les espoirs sont permis TANT QU’IL Y A LA VIE.
    Une maman qui vit la schizophrénie au travers de son fils malade et qui espère de tout son coeur

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