Crises de schizophrénie

J’ai mal à la tête. A l’intérieur de mon crâne, ça tire dans tous les sens. Je suis dans mon canapé. La musique me berce doucement. Je ne pense pas être  délirant, à ce moment précis. Malheureusement, on ne peut jamais être sûr. Lorsque j’ai fait mes crises de schizophrénie aigues, je pensais être en pleine possession de mes moyens, c’est le paradoxe.

Le bruit du réfrigérateur me sort doucement de ma torpeur.

crises

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Je me souviens de l’une de mes  crises, sur un chantier. J’ai vécu le pire moment de ma vie. J’ai hurlé et encore hurlé de douleur, en allant vers les uns et les autres, de manière désordonné. J’ai fait peur à tous mes collègues et de honte, je ne suis pas revenu le lendemain, ni les jours d’après.

Quelques semaines plus tard, j’étais hospitalisé sous la contrainte. De force on m’avait installé dans une voiture pour me conduire tout droit dans un hôpital psychiatrique.

Au début, malgré l’évidence,  j’étais dans le déni. J’ai pris les comprimés qu’on me donnait, en me disant que si je coopérerais, je sortirais plus vite.

Il m’a fallu des années pour accepter de me dire schizophrène et accepter ouvertement d’en parler sur un blog.

Cela fait bientôt dix ans et je touche du bois, car je n’ai pas fait de nouvelles crises. Pourtant, j’y ai perdu beaucoup. Je ne suis  plus du tout autonome et J’ai des angoisses, pour quasiment tout.

Aujourd’hui, j’ai perdu tous les rêves que j’avais étant jeune. Je connais mes limites et je les accepte. Je voudrais juste une chose, souffrir le moins possible. Qu’à l’avenir, j’arrive à maitriser mes crises d’angoisses.

Malheureusement, mon mal être est là et il me suivra jusqu’à la mort. N’ayez pas peur des schizophrènes, ils sont occupés à essayer de vivre le moins mal possible, et ne veulent de mal à personne.

3 réflexions au sujet de « Crises de schizophrénie »

  1. Zelina

    Bonjour,
    Tout d’abord, je tiens à vous féliciter pour ce blog. Vous et moi souffrons du même mal (non, non, non, je ne dirai pas maladie, ça, y a pas moyen:-)) et je sais combien il est difficile d’ « assumer » cela, comme on dit. Et pourtant, on s’accroche… Si on est encore là, c’est bien qu’il y a une raison, non? 🙂
    La seconde raison qui me pousse à vous écrire, c’est que bien que française, je réside en Allemagne. Après plusieurs années ici, je suis bilingue, c’est sûr, mais ma langue maternelle, ma langue de coeur reste le français. Seulement voilà, ici, les gens de la clinique où je suis suivie parlent tous allemand, bien-sûr. Pas un ne parle français. Et cela me manque. Je suis donc ravie ce soir de pouvoir parler de ces choses là en français:-)Ceci étant dit, quelle que soit la langue employée, Je trouve cela formidable que des gens créent des blogs, des sites, etc.. et ouvrent le dialogue. Pour ma part, cela me fait encore beaucoup trop peur. J’ai bien essayé à plusieurs reprises, mais je finis toujours par raconter des banalités, par parler de tout sauf du thème pour lequel j’étais pourtant fermement décidée à « ouvrir ma gueule » Car le mot d’ordre est, comme vous l’avez écrit: « n’aillez pas peur des schizophrènes ». N’est-ce pas la peur des autres envers nous qui nous fait le plus peur, à nous, au fond? Je passe ma vie à essayer de faire en sorte que les personnes nouvelles que je rencontre ne s’aperçoivent de rien. Par peur de leur réaction, justement, je l’avoue.. Ce que je loupe en beauté à chaque fois, évidemment..Parce que… Parce que… Il y a le traitement, déjà. Et puis mes réactions d’une irrationalité et d’un illogisme déconcertants pour tout être vivant sur cette planète qui aurait décidé de pénétrer ma bulle sans être averti de ce qui l’attend:-) Il y a les gens qui ne savent pas, ne veulent même pas savoir et par conséquent ne chercherons pas à comprendre. Rendez-vous compte, un ex ami est même allé jusqu’à me demander, les yeux plein de crainte, me reprochant de ne pas l’avoir « prévenu » plus tôt, si c’était contagieux.. Parce que « quand-même, on couche ensemble, on s’embrasse, et tout.. » La schizophrénie, la nouvelle MST du siècle! Très vexée et pour le moins énervée par cette réaction j’avoue avoir été tentée de pousser la connerie jusqu’au bout en lui disant: « mon Dieu, oui, va faire une prise de sang dès demain ». Mais je me suis ravisée, trop cruel, je me suis dit. Et je ne suis pas une fille cruelle, moi. Même envers les cons, je refuse d’être cruelle. Il n’en aurait probablement pas dormi de la nuit. j’ai bien le droit de saccager mes propres nuits (d’ailleurs, sur ce point, je suis imbattable!) mais je n’ai pas le droit de saccager les nuits des autres. Même les nuits des cons. Rien ne m’autorisent à les saccager. Ces gens là sont à désespérer. Et puis il y a ceux qui vous donnent une chance quand-même, qui essayent à travers vous de comprendre l’incompréhensible. Malheureusement, c’est très souvent aussi ceux que l’on fait souffrir. (Je dis « on », je pense « je ». je ne connais rien de vous et rien ne m’autorise à vous coller une étiquette:-)) Pardonnez cette généralité, ce lieu commun.) C’est pour toucher cette seconde catégorie qu’il faut parler, écrire.. Ce que vous faites avec brillo.
    Je ne vous souhaite que des bonnes choses et de vivre « le moins mal possible »
    Schizobises:-)
    Zelina

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    1. Paul Auteur de l’article

      Merci pour votre commentaire, cela me touche beaucoup. Je me sens moins seul en lisant les commentaires des uns et des autres. Nous sommes victimes de l’incompréhension et de la peur, quand nous parlons de nos problèmes de santé. C’est aussi pour cela que j’écris ce blog.

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